samedi 4 avril 2009

Retour vers le futur

Retour vers le futur
Dimanche, le 11 janvier 2009

Ma douce Jeannette,

Te souviens-tu de ce que criaient les chauffeurs d’autobus de notre jeunesse lorsqu’ils ouvraient les portes de leur car déjà bondé à craquer pour accueillir les gens frigorifiés qui attendaient le long du trottoir? «Avancez en arrière!» répétaient-ils à leurs passagers entassés à l’avant. Et il y avait toujours un farceur pour ajouter : «On donne des calendriers!».

Et toi, aujourd’hui, tu m’as souvent dit que tu aimerais bien «avancer en arrière», remonter les pages de ces faux calendriers d’autobus et te retrouver cinquante à cent ans en arrière pour jeter un œil de voyeuse sur la vie que menait ta mère dans le fond du rang de la Présentation, à quelques kilomètres de Saint-Hyacinthe. La voir, encore jeune fille, aidant sa mère à servir le dîner aux cinq ou six «engagés» de ton grand-père pour lui donner le coup de main au moulin à scie et ne manquant pas de taquiner ou lancer des œillades à la belle Antonia timide et rougissante.

Aimerais-tu vraiment ça?

Écoute, c’est faisable.

Il faut d’abord, pour te guider dans cette entreprise, que je te rappelle quelques notions tirées de mes connaissances pseudo-scientifiques :

Primo, tu sais que la lumière voyage à des vitesses incroyables : 300 000 kilomètres (sept fois le tour de la terre) à la seconde. À la seconde, t’imagines-tu?

Si tu pouvais t’installer sur le soleil (ouille mes fesses!) et décrocher un rayon de ton soleil vers la terre, ce rayon prendrait huit minutes à atteindre son objectif. C’est donc dire que, comme les rayons du soleil prennent huit minutes à atteindre la terre, nous, postés sur la terre, voyons en quelque sorte le soleil avec huit minutes de retard. Lorsque tu vois le sommet du capuchon du soleil matinal se pointer sur la ligne d’horizon et que tu t’écries «Regarde, il est sept heures et le soleil se lève!», eh bien, il s’est déjà levé huit minutes plus tôt, à 6h52, le cachottier. Inversement, si tu étais assise sur le soleil, l’image de la terre qui se refléterait sur la rétine de ton œil aurait huit minutes de retard sur la réalité.

Secundo, les distances entre les astres de l’univers sont tellement grandes qu’on se sert souvent de la vitesse de la lumière pour les mesurer. C’est ainsi que l’on dira du soleil, qu’il est à 150 millions de kilomètres de la terre ou à huit minutes-lumière. La distance entre la terre et les astres plus éloignés sera calculée en «années-lumière». Sirius, l’étoile la plus brillante, est à plus de huit années-lumière de nous. En d’autres termes, lorsque, par une belle nuit noire, tu contemples cette étoile et que tu t’écries «Regarde, la belle Sirius est là!», eh bien non, elle n’est pas tout à fait là : elle était là il y a huit ans et sept mois. (Et encore là, c’est l’une des étoiles les plus près de nous).

Alors, après tout ce grand détour, si on en revenait au rang de la Présentation et à la jeune Antonia occupée à servir le ragoût de boulettes aux «engagés» de ton grand-père. Elle a quinze ans. Comme elle aurait 105 ans aujourd’hui, il s’agit, pour la voir à l’âge de quinze ans, de reculer dans le temps de 90 ans.

Comment peut-on faire ça?

Il suffit simplement de s’installer sur un astre distant de 90 années-lumière de la terre et, avec un télescope, très très puissant il va sans dire, de faire la mise au point sur la terre d’abord, puis sur l’Amérique du Nord, puis sur ce pays voisin du Québec qu’on appelle le Canada, puis sur le Québec lui-même, puis d’affiner ta mise au point sur le rang de la Présentation. Rendue là, il te sera facile de localiser la maison paternelle et alors ton super-télescope te permettra de voir, par la fenêtre, passer et repasser la belle Antonia de quinze ans, occupée à servir la table.

Tu me suis, n’est-ce pas? Comme l’image de ta mère prend 90 ans à atteindre l’astre sur lequel tu seras postée, l’image qui viendra frapper ta rétine sera celle de la scène qui se déroulait il y a 90 ans. Si tu restes l’œil collé à l’oculaire de ton télescope tu verras alors se dérouler toute la vie de ta mère mais toujours avec 90 ans de décalage, donc depuis l’âge de quinze ans jusqu’à sa mort.

Je te suggère de t’installer sur l’étoile Sadalachbiah. Cette étoile porte un nom un peu bizarre, je te le concède, mais elle a le grand mérite de se balader à plus ou moins 90 années-lumière de la terre. Je ne pense pas que tu aies le mal du pays durant ton séjour là-bas car, en dépit des quelques millions de milliards de kilomètres qui nous séparent de l’accueillante Sadalachbiah, celle-ci fait partie de la voie lactée, notre propre galaxie. C’est une proche voisine.
Je ne te cache pas que, pour arriver à tes fins, il te faudra résoudre quelques petits problèmes techniques.
Il faudra d'abord trouver un moyen de te rendre sur ton étoile subito presto. Tellement vite que même si tu arrivais à te déplacer à la vitesse de la lumière, ça ne suffirait pas : le temps de te rendre (90 ans) et les images que tu recueillerais sur l’oculaire de ton télescope seraient les images d’aujourd’hui car les images venant de la terre auraient voyagé à la même vitesse que toi. Non, il faudra que tu trouves un moyen de te transporter «instanter» sur Sadalachbiah. Je crois que le seul moyen est la téléportation. Je ne sais pas très bien comment fonctionne cette technique mais, si je comprends bien, elle te permettrait de te transporter instantanément, corps et âme, à l’autre bout de l’univers. Tu pourrais peut-être visionner quelques scènes de «Star Trek» ou de «La guerre des étoiles» pour te familiariser avec cette technique.

Il y a aussi le télescope. Il te faudrait sûrement consulter les experts qui ont installé le fameux télescope Canada-France-Hawaï, équipé d’une lentille de 3,6 mètres de diamètre, sur le sommet du mont Mauna Kea, à Hawaï.

N’oublie pas non plus de demander aux experts de la NASA de te fabriquer un bouclier thermique que tu glisseras sous tes fesses avant de t’installer sur ta Sadalachbiah. Même si celle-ci se montre accueillante, il ne faut pas oublier que c’est une étoile et que les étoiles ont la vilaine habitude de développer une température de quelques millions de degrés.

Évidemment, si tu voulais «avancer plus loin en arrière» pour visionner la vie de tes aïeux, il te faudrait trouver des étoiles encore plus éloignées de la terre.

Je pense que tu as là l’essentiel des techniques et matériaux dont tu auras besoin pour réaliser ton projet que je trouve très louable car il témoigne d’un amour filial remarquable.

Surtout, n’oublie pas de venir me faire la bise avant de partir.

Tendresse,

Jean

Publié par Jean Marcoux à l'adresse 12:37 1 commentaires

L'effet papillon

L'effet papillon
samedi 21 mars 2009

Mes chères Jeannette et Fernande,

Je vous dédicace ce texte pour bien vous faire comprendre ce qu'est l'effet papillon que vous n'avez pas semblé avoir pigé malgré la démonstration éclatante qui en était faite dans le film «L'effet papillon» que nous avons vu l’hiver dernier. Voici donc le scénario que j'ai ébauché pour vous.

Supposons que, au sortir du cinéma, vous ayez courageusement décidé de m'accompagner pour nous rendre tous trois à la voiture plutôt que de me laisser affronter seul le temps froid en m'attendant frileusement à la chaleur comme vous l’avez fait.

Il faut, dès lors, prendre conscience que, si vous m’aviez accompagné à la voiture, ce léger changement dans notre comportement aurait pu à tout jamais changer le déroulement de nos vies. Il y aurait forcément eu un décalage horaire, ne serait-ce que de quelques minutes ou même de quelques secondes, dans ce déroulement : nous aurions marché un peu plus lentement pour nous rendre à la voiture, je vous aurais ouvert les portières, etc.

Donc, nous n'aurions pas quitté le terrain de stationnement tout à fait au même moment. En conséquence, les voitures que nous aurions croisées, les feux de circulation sur notre route ou les piétons qui auraient traversé la rue devant nous, n'auraient pas été les mêmes. Nous ne serions pas arrivés à la maison au même moment. Vous n'auriez peut-être pas flirté honteusement avec notre jeune portier comme vous l'avez fait. Je ne serais pas allé reconduire Fernande chez elle exactement à la même heure. Je me serais peut-être embourbé dans la neige mais pas exactement au même endroit, etc., etc.

De tout ceci, il faut bien comprendre deux choses: Primo, le déplacement d'une pièce de nos vies, si minime soit-il, entraîne le déplacement de toutes les autres, comme un jeu de dominos. Deuxio, il est impossible de reproduire exactement les mêmes comportements et les mêmes événements à deux moments différents. Il y aura immanquablement des différences, si petites soient-elles.
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Maintenant, voyons un peu quels auraient pu être les changements dans le cours de nos vies si vous étiez venues avec moi à la voiture en sortant du cinéma. Je vais illustrer de façon dramatique (mais ô combien réaliste) ces changements.

Supposons que, au retour, un chauffard nous soit entré dedans;
Que son pare-chocs ait violemment heurté ma portière;
Qu’il m’ait blessé sérieusement au point de déclencher une hémorragie cérébrale;
Que j'aie été hospitalisé au Jeffrey Hale avec le diagnostique «légume pour la vie»;
Que vous soyez venues, à tour de rôle, me faire manger ma petite soupe à la cuillère;
Que vous ayez engueulé un infirmier qui m’avait bousculé et que, pour se venger, il ait mis du poison dans ma soupe;
Que, aux funérailles, Fernande ait rencontré un de mes anciens confrères plein aux as;
Supposons qu'elle l'ait entortillé au point où le bonhomme l'aurait demandée en mariage et l'aurait emmenée à son ranch de Floride;
Que, à moitié morte de chagrin d'avoir perdu coup sur coup son mari et sa grande amie, Jeannette soit entrée chez les sœurs à cornettes;
Que, rendue là, Jeannette ait à son tour séduit le vieil aumônier riche à craquer lui aussi à force de voler l'argent dans le tronc des pauvres;
Supposons qu'ils aient alors défroqué tous deux;
Que Jeannette ait alors emmené son vieux curé en Floride pour rejoindre son amie Fernande;
Que, une fois sur place, vous vous soyez faites honteusement avantager toutes deux par vos riches conjoints;
Supposons que, maintenant riches, vous ayez plaqué vos vieux et vous soyez installées dans une riche villa sur le bord de la mer;
Que vous ayez alors fait venir mes cendres pour les enterrer dans votre jardin de pissenlits;
Que, dès lors, vous passiez là le reste de vos jours à recevoir vos gigolos et à écrire vos mémoires sur le temps où nous formions un heureux trio.
Supposons, supposons … ça n'a pas de fin, comme vous le soupçonnez sans doute.
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Saisissez-vous maintenant la signification de l'effet papillon?

J'espère que mes sages propos ne vous donneront pas des idées malsaines.

Affection,

Jean

Publié par Jean Marcoux à l'adresse 12:07 0 commentaires

Les gangsters

Les gangsters
Vendredi, le 2 janvier 2009

Bonjour Fernande,

Maintenant que tu as fini de lire le livre que Jeannette a emprunté pour toi, il faut le rapporter à la bibliothèque sans quoi, toi l’éternelle délinquante devant Dieu et devant les hommes, tu iras en prison.

Si ça arrive, je t'apporterai une grande baguette de pain que j'aurai fait cuire avec une lime au milieu pour scier tes barreaux. Puis, à Pâques, je t'apporterai un gros gâteau dans lequel Jeannette aura fourré une mitraillette et quelques grenades. Puis aussi, une boîte de chocolats au "pot" pour acheter les gardiens. À la Saint-Jean, nous t'attendrons au bas du mur avec une grosse limousine noire blindée et nous descendrons au Mexique avec nos verres fumés et, dans le coffre, plein de cadavres de douaniers et de caissiers des banques que nous aurons dévalisées en descendant.

Sur place, nous irons voir des plasticiens et toi, tu deviendras Marilyn Monroe ressuscitée et Jeannette deviendra Brigitte Bardot rajeunie. Quant à moi, je deviendrai le légendaire Elvis Presley. Nous partirons un commerce d'autographes mais ça ne sera qu'une façade pour cacher nos activités dans la drogue, la prostitution et la vente d'armes. Avec tout l'argent que nous encaisserons, nous lancerons un concours pour l'assassinat de tous les êtres dangereux ou nuisibles de la planète, en commençant par George Bush et Robert Mugabe. Peut-être aussi une balle perdue pour Stephen Harper. On inscrira nos noms au temple de la renommée, à côté des grands bienfaiteurs de l'humanité comme Batman et Terminator.

Puis, quand nous serons vieux, nous monterons à bord d’un des navires de contrebande de Paul Martin pour revenir au Québec, juste à temps pour monter sur notre banquise qui nous amènera dans les Îles de Sorel (ça, je te l’expliquerai une autre fois).

Mais va pas te monter la tête avec ce beau programme et n'oublie pas de rapporter le livre à la bibliothèque.

Salut, criminelle en devenir,

Le complice

Publié par Jean Marcoux à l'adresse 12:24 0 commentaires

Le pantalon

Lettre à ma fille

lundi 1 décembre 2008

Ma chère Marie-Claude,

Hier, dimanche, ta mère et moi sommes descendus à pied au Marché du Vieux-Port. Quand nous passions près des grands édifices, le vent nous assaillait férocement. Heureusement, j'avais mon chapeau Tilley avec oreilles et rabat sur le front. Ta mère avait son gros «coat de pouelle».

En passant à côté de l'église St-Jean-Baptiste, nous sommes entrés, moitié pour nous réchauffer et moitié parce que ta mère avait envie de voir le marché aux puces au sous-sol. J'ai acheté trois paires de bas à 5,00$ pour les trois. Je les ai coincés dans mon blouson, faute de poches assez grandes.

Puis, nous nous sommes rendus, frigorifiés, au Marché du Vieux Port. Plein de monde. Nous avons fait le tour sans rien acheter. Ta mère a ramassé quelques feuillets de recettes sur le veau de Charlevoix. Elle ramasse souvent des recettes comme ça mais ne les utilise jamais. Je pense que ça lui donne bonne conscience. Même si elle voulait les utiliser, elle ne le pourrait pas car elle les fourre pêle-mêle dans ses tiroirs où il devient impossible de les retrouver. Ça fait rien, je l'aime comme ça ta mère.

Puis, direction Petit Champlain. En passant sur la rue Saint-Paul, beau magasin de vêtements pour dames. Tu connais ma cliente: terminus, tout le monde descend. Après quelques taponnages, découverte d'un super beau pantalon, doublé ma chère et s'harmonisant tout ce qu'il faut avec le «coat de pouelle». Mais s'harmonisant mal avec le compte de banque de ma douce: 255$ avant taxe. Crise de conscience aiguë. On quitte ces lieux maudits, la mort dans l'âme mais les dollars dans le portefeuille.

Il approche 15h00 et nous avons l'estomac dans les talons, ce qui n'empêche pas cette chère âme de lorgner du côté des boutiques sur notre route et même d'entrer dans quelques-unes pour rechercher ce pantalon béni des dieux. Enfin, nous arrivons presque à genoux au resto «Sous-le-Fort» dans la rue du même nom. Pour débuter, petit verre de vin rouge descendu du ciel pour nous couler dans la gorge pendant que nous nous soufflons dans les mains pour les dégeler. Puis, nous commandons une cipaille avec 2 assiettes. Bien nous en prit car c'est copieux. C'est tellement délicieux que ta mère en oublie ses recettes au veau et décrète que la prochaine fois que nous recevrons du beau monde, c'est ici que nous viendrons chercher notre repas, en faisant croire, bien entendu, que c'est un mets maison. «T'as pas honte, menteuse!», que je lui lance. J'ai droit à un petit «Pfiou!», méprisant. Elle n'a pas de morale, cette femme-là.

Bien repus, nous repartons affronter le temps froid. Pas longtemps. Juste de l'autre côté de la rue, une magnifique boutique de vêtements pour dames que ta mère connaît bien. Je m'assois dans un confortable fauteuil pendant que madame fait la causette à la vendeuse en lui expliquant qu'elle recherche un pantalon comme celui que sa belle-soeur, celle qui a marié Raymond, le frère de son mari, celui qui est assis là dans le fauteuil, a trouvé au Carrefour Laval, au nord de Montréal où nous habitions avant d'acheter une maison à Cap-Santé où nous avons vécu dix ans avant de venir nous établir à Québec, au Montmorency, dans un appartement que nous aimons bien, situé à côté des Plaines où il fait très froid l'hiver, surtout qu'elle-même est très frileuse des fesses et c'est pourquoi elle cherche un pantalon doublé pour aller sur les Plaines où elle va souvent marcher seule quand son mari ne veut pas l'accompagner. (As-tu vu la circonlocution pour envelopper le sujet sans jamais perdre de vue l'objectif ultime qui était le pantalon doublé? Y a du génie là-dedans).Le magasin ne tient pas de pantalons doublés. Mais ça fait rien, la vendeuse était charmante.

Presque à côté, il y avait ce magasin de verre soufflé et coloré. Ta mère a acheté une jolie petite pièce pour pendre des clés. C'est un cadeau pour toi qui as déjà plus de ces porte-clefs que tu n'as de clefs. Et moi, j'ai fait sortir ta mère du magasin pour lui acheter un petit quelque chose d’aussi joli qu'inutile. Elle est sortie en me disant qu'elle allait voir les magasins vers la droite. Elle est partie vers la gauche. Après quinze minutes, j'ai failli lancer un avis de recherche.

Nous sommes remontés sur la terrasse Dufferin par le funiculaire. Il était près de 16h30 et la ville était magnifique sous les lumières. Nous tenant par la main, nous avons pris la direction de la rue St-Jean pour aller chez Simon's voir s'il y aurait là le fameux pantalon. Petit croche vers la côte de la Montagne pour jeter un coup d'oeil à la galerie «Le chien d'or» où l'on expose des toiles de Denis Nolet, le peintre dont j'ai utilisé une des toiles dans mon «Épitaphe pour une brouette»*. Il fait vraiment de belles choses, ce peintre. Des toiles aux couleurs vives, pleines de merveilleux. C'est pas donné. Jusqu'à 2000$. Nous avons causé avec la jeune galeriste à l'accent anglais et, lorsque nous lui avons dit que nous connaissions Denis Nolet, elle est allée chercher d'autres toiles à l'arrière et nous a donné deux belles cartes postales de lui.

*Épitaphe pour une brouette. Éd. De la Francophonie.

Arrêt dans une autre boutique où il n'y a pas le pantalon recherché mais où nous engageons conversation avec la jeune vendeuse qui, d'une chose à l'autre, nous apprend qu'elle étudie en littérature. Elle vient de Chibougamau et s'appelle Lisa Perron. Ta mère lui apprend que je viens de publier alors que je prends un air faussement modeste. Elle se déclare très intéressée. Je lui remets mon carton publicitaire. Elle promet d’acheter mon livre. J'offre de lui vendre à 15$ puis, sorti du magasin, je reviens sur mes pas et lui dis que je le lui donnerai si elle passe le prendre chez moi. Je suis comme ça moi, toujours à l'affût de la bonne affaire.Puis, nous prenons bravement la route de retour, pour de bon cette fois. Ta mère me dit qu'elle a l'intention d'aller fouiner aux centres d'achat pour son pantalon et même de retourner rue Saint-Jean voir ce fameux pantalon à 255$ + taxes.
Arrivée à la maison, elle sort de sa penderie une culotte en polar qu'elle vient me montrer. «Tu sais, dit-elle, si je mets ça sous le pantalon beige que j'avais cet après-midi, ce sera bien assez chaud et je n'aurai pas besoin de dépenser pour m'acheter un nouveau pantalon» ... Je l'aime quand même, tu sais, cette femme aux retournements imprévisibles.
Moi, en arrivant je déboutonne mon blouson ... j'avais perdu les trois paires de bas que j'y avais coincées.

Ce fut, malgré tout, une bien belle journée.

Je t’embrasse,

Papa

P.S.: Je ne t'ai pas dit le dénouement de l'histoire du pantalon de ta mère. Tu sais quoi? ... Cet après-midi, au Centre d’achats, elle se l'est acheté ce pantalon. En vente à $49, tu peux pas laisser passer ça
.
Publié par Jean Marcoux à l'adresse 08:51
2 commentaires:
Marcelle Bouchard a dit…Cher Gulliver,
J'aime bien ce petit mot à Marie-Claude.Je continue maintenant ma lecture et j'essaie de ramasser ces petits papiers froissés tout en ayant la tête dans les étoiles.
à bientôtEugénia
1 décembre 2008 20:52 Marie-Claude a dit…Cette nouvelle me fait toujours rire aux éclats! Je reconnais très bien maman même si elle prétend ardemment le contraire. Chère maman, c'est vrai qu'on l'aime comme ça!Je me réjouis toujours de constater à quel point tu apprécies les petits gestes du quotidien qui nous apportent tant de bonheur. Pour cela, et pour bien d'autres choses bien sûr, tu es un exemple à suivre.Ta fille qui t'aime11 décembre 2008 15:32

Publié par Jean Marcoux à l'adresse 12:58 0 commentaires
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dimanche 29 mars 2009

L'horloge du temps

Fantaisie sur le temps
mercredi 3 décembre 2008

Le jour où le temps s’arrêta

Le temps entrait pieds nus
dans le jardin en pente
laissant sur le seuil
ses souliersd'inquiétude
Christian Bobin


C'était un matin beau comme un matin de Pâques. Un soleil, oblique et apaisant, avait chassé le vent et les ombres de la nuit. Un soleil de tendresse qui baignait doucement ce jardin de l'aube. Un jardin où l'on entre pieds nus par respect et pour sentir la fraîcheur de la terre sous le pied. Un jardin en pente douce, s'étirant si loin qu'on l'eût dit parti pour faire le tour de la terre.

Le temps y entra d'un pas feutré et, se laissant envahir par la beauté des lieux, sentit descendre en lui une paix qu'il n'avait jamais connue. Cette paix inattendue lui fit découvrir à quel point sa course à travers les millénaires l'avait épuisé sans qu'il ne s'en rendît compte. Alors, dans un moment de doux abandon, il fit une pause, une très brève pause car lorsqu'on s'appelle le temps, on ne s'arrête jamais.

Là-bas, on vit le soleil étonné suspendre sa course l'espace de ce moment. Les oiseaux, effrayés, cessèrent leurs cris. Il y eut même jusqu'aux fleurs qui stoppèrent l'ouverture de leurs corolles matinales.

Le temps, confus de cette défaillance, entreprit aussitôt de repartir son inexorable pendule. Une fois, deux fois, trois fois, il remonta le mécanisme de la machine à dérouler le temps. Peine perdue: elle était irrémédiablement grippée. Le Grand Horloger lui avait pourtant bien dit qu'il ne fallait jamais arrêter ces vieux engins. Et allez donc de nos jours trouver les pièces qu'il faut, si tant est que vous trouviez même un horloger.


Cette pause lui fut donc fatale. Il ne sut jamais repartir. Il s'était bel et bien arrêté pour toujours. Mais elle lui fut en même temps salutaire. Elle lui fit prendre conscience de la futilité de sa course à travers les siècles et l'amena même à se demander s'il existait encore puisque, dans cet univers immobile, plus rien ni personne ne pouvait prendre sa mesure.

L'univers, maintenant figé dans cette incroyable beauté, comprit qu'il avait atteint la fin des temps. Il n'y avait plus ni d'avant ni d'après.

Quant à l'homme, il ne lui restait du passé que des images effilochées. Il avait enfin trouvé la terre promise et s'était réfugié dans les bras d'un Dieu dont il avait pris l'image. Les remords des hier et les craintes des demains s'étaient évanouis. Il avait laissé sur le seuil ses souliers d'inquiétude.

C'est ainsi que, ce jour-là, le temps s'arrêta et, sans le savoir, devint l'éternité.

Publié par Jean Marcoux à l'adresse 13:13

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jeudi 12 mars 2009

Comment j'écris mes poèmes

Comment j'écris mes poèmes

Comment j’écris mes poèmes, dites-vous?
Je vous le dis tout net
Je ne suis pas un poète
Mais s'il m'arrive quand même
Parfois d'en commettre
Eh bien, voici comment
J’attends un grand matin
Un matin où les pissenlits
Jaunissent les champs

Je grimpe alors
Sur un piquet de clôture
Et danse une gigue
Ou bien un rigodon
Pour me mettre en train
Et me réchauffer
Pieds autant que mains

Puis j’entre dans ma remise
Pour y décrocher
Un filet à papillons
Un filet à grand manche
Et à mailles serrées

J’attends alors que passe
Un petit nuage rose
Un de ceux vous savez
Qui ne se méfient de rien

Je l’attrape d’un geste vif
Et c’est sur son flanc
Que j’écris mon poème
Avec un grand pinceau
Large comme la main

Un poème vaporeux, il va sans dire
Car les nuages on le sait
Sont friables et peu fiables
Mais n’empêche j’écris vite

Et lorsque je mets
Un point final
À ma dernière rime
Je le relâche

Il s’envole aussitôt
Et dessine dans l’azur
Des rêves d’enfants

Car seuls les enfants
Vous l’ai-je dit?
Ont derrière les yeux
Les mondes merveilleux
Qu'il faut posséder
Pour lire mes poèmes


Le blogue de mon amie Anne Barguillet

Anne Barguillet
http://mon-bloghauteloire.blogs.allocine.fr/