lundi 5 juillet 2010

C'était un 17 juillet

Ce moment magique, j’ai essayé de le faire revenir devant mes yeux à plusieurs reprises, mais il m’échappe toujours. Il ne m'en reste que des bribes, comme l'étrange rêve qu'on essaie de revivre au réveil.

C'était un 17 juillet, vers 20h30.

Nous revenions doucement de l'île d'Orléans et avions pris le Chemin des Prêtres, un chemin de traverse qui va de Saint-Laurent à St-Pierre. Une route qui ressemble à la Route du Mitan un peu plus à l'est, mais plus courte et un peu moins spectaculaire.

Et c'est là, en descendant vers St-Pierre, que nous avons vu ce spectacle. Nous nous sommes arrêtés pour mieux voir ce qui se passait, comme beaucoup d'autres gens du reste. Le ciel était couvert. Nous n'avons vu le soleil que pendant un bref moment, du côté de la Côte de Beaupré: un disque rond, parfaitement découpé au-dessus des montagnes, mais sans éclat, aux rayons étouffés dans les nuages. Mais, même une fois disparu, le soleil continua à illuminer une large bande d'horizon d'une lumière diffuse orangée. C'est surtout cette lumière qui était extraordinaire. Un vrai paysage d'Apocalypse que certains même trouvaient terrifiant. Au-dessus de cette bande, des nuages opaques avec une frange violette. Des éclairs lointains ajoutaient à cette scène de jugement dernier. Un paysage sinistre mais de toute beauté. On se prenait à espérer de voir apparaître le Dieu éternel et justicier.

De l'autre côté de la route, des jeunes filles jouaient au foot sur un terrain de jeu. Sans trop savoir pourquoi, cette ambiance m'a plongé dans un vague passé qui m'échappait, des sentiments plus que des souvenirs, des réminiscences floues dont il ne me restait que les effluves. J'aurais voulu figer ce moment. Je m'y sentais bien. Comme si le temps n'existait plus. Comme si j'étais transporté dans un autre monde. Comme si je revenais aux jours de mon enfance alors que la vie était éternelle. Comme si le paradis était à portée de main. Comme si ... je ne sais pas.

Nous sommes revenus sous la pluie battante mais l’âme étrangement en paix. J'avais l'impression d'avoir vécu un épisode d'Alice au pays des merveilles.

lundi 3 mai 2010

Les galettes à l'avoine

Il était une fois une bonne mère de famille comme il s’en faisait autrefois (et comme il en reste d’ailleurs encore plusieurs aujourd’hui) et qui décida un beau jour de fabriquer une fournée de galettes à l’avoine pour sa marmaille. Elle sortit alors de ses armoires de la farine, de la poudre à pâte, des flocons d’avoine, du sucre, de la cassonade, de la margarine, un œuf, une pincée de sel et une petite fiole de vanille.

Vous savez, comme moi, que chacun de ces ingrédients, pris séparément, n’a pas très bon goût. Une tasse de farine, vous savez, ou une cuillerée de margarine ne remportera jamais de grands prix aux concours culinaires.

Mais notre cuisinière mêla le tout qui devint une pâte informe qui, pour l’instant, n’annonçait rien de bon. Mais elle étendit cette pâte en petits paquets sur une plaque qu’elle mit au four. Alors, ô miracle, les petits paquets de grisaille se mirent à gonfler et devinrent de jolies galettes.

La marmaille, comme on s’en doute, se précipita sur les galettes et les engouffra. Et alors, ô nouveau miracle, les estomacs des petits pétrirent les galettes et, par maints tours de magie, en convertirent plusieurs en cellules vivantes qui circulèrent dans le corps des petits et s’y intégrèrent et, le croirez-vous, la farine, les œufs, la margarine et tous les ingrédients que leur mère avait mis dans ses galettes devinrent des petits Maxence, Joséphine, Amélie et Toto.

Si vous interrogez les savants, ils vous diront que les éléments primitifs du début (farine, etc.), une fois pétris dans le corps des petits, sont devenus des cellules vivantes. Ils sont donc devenus beaucoup plus complexes qu’ils ne l’étaient au départ.

Eh bien, c’est là, à petite échelle, toute l’histoire de l’univers.

Lorsqu’il est né, notre univers n’était qu’une soupe informe et extrêmement chaude, un mélange sans bon sens de particules infiniment petites, incroyablement tassées les unes sur les autres et se chamaillant à qui mieux-mieux. La désorganisation totale, un vrai bordel quoi !

Et il arriva ce qui devait arriver : la soupe, devenue trop chaude, fit exploser le couvercle de la marmite et se répandit partout. C’est ce qu’on appela le gigantesque flash du Big Bang.

Mais c’était encore la grande confusion. Il fallut des millions d’années avant qu’un début d’ordre naisse de ce chaos. Ce furent d’abord de grands nuages de ces particules indisciplinées qui commencèrent à se rassembler en vastes ensembles que, plus tard, les savants appelèrent nébuleuses. Les particules prirent goût à ces rassemblements et se tassèrent les unes sur les autres pour fabriquer de nouvelles particules, essentiellement de l’hydrogène, et de l’hélium comme, encore une fois, les savants les appelèrent plus tard. À force de se tasser, ces particules se réchauffèrent tellement qu’elles finirent par prendre feu : les étoiles étaient nées ! Rien de moins ! L’Univers devint lumineux.

Mais les étoiles, toutes étoiles qu’elles sont, demeurent des créatures plutôt primitives : de vastes brasiers qui consomment à chaque instant des tonnes d’hydrogène. Mais rendons leur quand même ce qui leur revient : elles entreprirent de fabriquer des noyaux de multiples nouveaux éléments.

Les plus grosses de ces étoiles, étouffant sous leur propre poids et n’en pouvant plus, éclatèrent alors dans de formidables explosions, projetant aux quatre coins de l’univers les noyaux qu’elles avaient fabriqués dans leur cœur. Ces noyaux ne périrent pas pour autant. Ils survécurent et se firent copain-copain avec les multiples autres petites particules qui gigotaient dans la soupe initiale que le Big Bang avait disséminées et que, plus tard encore une fois, on baptisa de noms affectueux comme électrons, photons, quarks, bosons, mésons, etc. Cette association produisit, devinez quoi : des atomes de toute sortes! Des atomes de fer, des atomes de cuivre, des atomes de zinc, etc., etc.

Les atomes, on le sait, sont les briques de la matière. Mais, comme on le sait aussi, les atomes ont pris goût à l’invention et se sont regroupés en molécules qui se sont associées de mille et une façons pour arriver à fabriquer tous les trucs que l’on trouve dans la nature : les nuages qui flottent au-dessus des océans aussi bien que les masses d’eau qui remplissent ces océans, la pierraille agrippée au Mont Blanc aussi bien que l’air qui se raréfie quand on escalade ce Mont, le feu qui gronde au sein des volcans aussi bien que les plaques tectoniques dont le choc secoue notre planète et toute la panoplie des choses que l’on connaît.

Ces ingénieux petits atomes se sont même mis à s’assembler en grosses molécules puis en cellules qui, par des opérations magiques, ont créé la vie dans les pissenlits qui enjolivent votre gazon (et que vous vous obstinez à saboter), dans la mésange qui vient picorer dans votre mangeoire d’oiseaux, dans la grenouille qui paresse dans son étang, dans les saumons dont les grizzlys guettent le passage et toutes ces «bibittes» qui sillonnent notre planète.

Mais la nature avait encore bien des trucs dans son sac à magie. Elle s’est retroussée les manches et a entrepris de fabriquer un être à deux pattes, plutôt hirsute au début, mais qu’elle a longuement fignolé pour finalement lui implanter dans le crâne une conscience. Cette chose à deux pattes avec une petite jugeote plantée sous sa chevelure, eh bien c’est vous et c’est moi. Le chef d’œuvre, dit-on de la nature (du moins vous, moi c’est pas sûr). Le seul être dont on dit qu’il peut prendre conscience de l’univers qu’il habite et le seul aussi qui se rend compte peu à peu qu’il fait partie de cet univers.

Et voilà que «nous comprenons un peu mieux comment l’organisation et la complexité ont pu émerger du chaos primordial» (dixit Hubert Reeves) et «comment de savoureuses galettes ont pu émerger d’un chaos immangeable de farine et de margarine» (dixit bibi).

Si, un jour, j’entreprends d’écrire mon arbre généalogique, je remonterai bien au-delà de mon arrière-arrière-grand-père. Je remonterai toute la lignée des primates, des reptiles, des poissons, des cellules, des molécules, des atomes, des noyaux et de toutes ces infiniment petites particules qui gigotaient dans l’univers d’avant le Big Bang. J’en parlerai au curé de ma paroisse mais je ne pense pas qu’il retrouve tout ce beau monde dans ses grands registres. Ce n’est même pas certain qu’il retrouve Adam et Ève en cours de route.

Alors, en attendant, moi je dis Chapeau ! Chapeau à cette merveilleuse nature qui, de tâtonnements en tâtonnements, à partir d’une informe soupe primitive, a su patiemment bâtir, après des milliards d’années, une chose aussi complexe que le cerveau humain.

Et c’est grâce à ce merveilleux outil que leur mère porte sous sa magnifique chevelure que les petits Maxence, Joséphine, Amélie et Toto mangent aujourd’hui les délicieuses galettes cuisinées par leur mère.

C’est là, je vous le répète, toute l’histoire de l’univers.

mercredi 21 avril 2010

Conversation de printemps

Conversation d’un matin de printemps
avec mon voisin de balcon


- Comment ça va ce matin ?
- Ça va, ça va bien

- Et les ruisseaux ?
- Ça gargouille

- Et la pluie ?
- Bien ça mouille

- Et les arbres ?
- Ça bourgeonne

- Et les mers ?
- Ça moutonne

- Et les lapins ?
- Ça grignote

- Et les rongeurs ?
- Ça marmotte

- Et les vaches ?
- Ça rumine

- Et les poètes ?
- Bien ça rime


- Et les écrivains ?
- Ça scribouille

- Et les politiciens ?
- Ça grenouille

- Et tes vieux ?
- Ça radote

- Et les tiens ?
- Ça chipote

- Ainsi donc je vois
Que ça va, ça va bien

- Oui, l’air s’adoucit
Et puis l’été s’en vient

Ainsi l’autre matin
Avons-nous causé

Moi et mon voisin
Tout en vidant nos bières

Avant d’aller poser
Nos portes moustiquaires

lundi 12 avril 2010

Lettre au pape

Cher pape,

Il faut bien se rendre à l’évidence, votre Église prend l’eau de toutes parts en Occident. Passez-moi l’expression, elle s’en va au diable. Pas besoin de vous en faire la démonstration, vous n’avez qu’à vous arrêter un petit moment sur la désaffection de vos églises. Vous m’objecterez peut-être la foi des Américains mais regardez un peu les dérives que prend cette foi: la multiplication des nouvelles «églises», comme l’église de la scientologie, qui poussent à tous les coins de rues. Tous ces «preachers» qui, au nom du christianisme, lancent des sectes à gauche et à droite, pour le pognon bien entendu mais qui vous ravissent quand même votre clientèle. Et ces attardés mentaux qui, encore au XXIe siècle, prêchent le créationnisme.

Vous direz peut-être que votre Église a encore le vent dans les voiles en Amérique latine et en Afrique mais attendez un peu que ces gens s’instruisent et il arrivera ce qui est arrivé ici au Québec : une société ultra catholique et conservatrice qui s’est émancipée et qui a déserté ses églises dès que, avec «La révolution tranquille» des années 60, on a ouvert toutes grandes les portes des établissements d’enseignement.

Non vraiment, votre Église n’a pas d’avenir. Comme c’est parti là, elle s’en va droit dans le mur. D’ailleurs, vous le savez bien, vous qui avez des lettres : tout passe (Ta panta rei, comme disait ce vieux philosophe grec Héraclite), les religions aussi bien que les empires. Mais, en attendant, pourquoi ne pas lui donner un nouveau souffle à cette vieille Église qui est la vôtre? Hein, pourquoi pas?

Avec tout le respect qui vous est dû, je me permettrai de vous faire quelques suggestions pour sauver les meubles. Des suggestions toutes simples vous verrez.

Au départ, disons que la règle de base serait la recherche de moyens pour amener vos fidèles à être le plus heureux possible. Alors voilà quelques mesures pour mettre cette règle en application.

1o Descendez le Christ de sa croix. L’image d’un crucifié est morbide et du plus mauvais goût. Les «britiches» diraient shocking. D’autant plus que, suivant la légende, la victime est censée racheter par son geste le péché commis par nos arrières-arrières-arrières grands-parents. Et qui aurait consisté à croquer une pomme. Voyons donc! Une histoire invraisemblable pour entretenir chez l’homme un sentiment de culpabilité tout à fait contraire à la règle de base posée au départ. Puis les enfants, avez-vous pensé aux enfants? C’est une image aussi violente que le Grand Méchant Loup en train de manger le Petit Chaperon rouge. Alors, pas d’hésitation, descendez Jésus de sa croix et laissez-le tranquille dans sa crèche de Bethléem.

2o La transsubstantiation : faire croire aux gens que lorsqu’ils communient, ils mangent le corps d’un homme mort il y a deux mille ans. C’est ni plus ni moins que de l’anthropophagie, vous rendez-vous compte? Et nos pauvres enfants, encore une fois, à qui on enfonce ces absurdités dans le crâne. À tout prendre, le Petit Poucet me paraît encore plus vraisemblable.

3o L’enfer. Le feu éternel. Comme si on avait le cul sur le rond du poêle. Et pour l’éternité, avec cette grosse horloge qui répète sinistrement et inlassablement «Toujours (rester), Jamais (sortir)». Qu’est-ce qui a pris à votre sainte Église d’inventer une histoire pareille? J’en ai encore des frissons quand je pense à nos prédicateurs du carême qui nous menaçaient de cette géhenne éternelle si nous avions le malheur de tripoter un peu les fesses de nos petites voisines en jouant au docteur. Même vos théologiens ne croient plus à Satan et son maudit trident. C’est du sadisme de la pire espèce, complètement à l’encontre de la règle de base. Alors, je vous en supplie, débarquez-moi ça de votre Crédo et ça presse.

4o Le carême, la pénitence, la confession, le jour des morts, le Dies irae et j’en passe, toutes des affaires teintées de jansénisme. Vite, débarrassez le plancher.

5o Le célibat des prêtres. Quelle foutaise! Pas étonnant que vous ayez tous ces scandales de pédophilie sur les bras. À abolir évidemment. Il y a un tas de religieuses qui ne demanderaient pas mieux que de devenir des Madame-curés. Et quant à y être, il serait grand temps que vous permettiez aux femmes de devenir elles-mêmmes curés. Cette interdiction relève d’un sexisme complètement dépassé de nos jours.

6o Par contre, le Paradis, oui, ça c’est une bonne idée. Allez, ouste : le paradis pour tout le monde. Pas de bousculades, avancez en arrière! Imaginez, le pique-nique éternel. Ça risque d’être un peu long et les sandwiches vont peut-être finir par goûter fade mais faut maintenir ça, même si vous n’y croyez pas plus que moi. C’est très bon pour le moral.
Vous m’objecterez peut-être que les méchants recevraient le même traitement que les bons. Pas de problème : annoncez que les bons auront des places V.I.P. et que les méchants devront se contenter du haut des gradins, dans le «pit», comme on dit chez nous. Ne soyez pas trop dur quand même. Dites-leur que tout le monde pourra descendre sur la glace de temps en temps pour disputer un match de hockey aux anges mais que les méchants se feront tasser sur les bandes et tabasser par les anges les plus costauds.

7o Même chose pour les fêtes de Noël et de Pâques. À maintenir absolument, ne serait-ce que parce que les enfants adorent les cadeaux et le chocolat.

8o Savoir que ça ne vous priverait pas trop, je vous suggérerais d’organiser un gigantesque marché aux puces pour liquider tous les trésors et babioles qui encombrent le Vatican. Puis de distribuer aux pauvres le produit de la vente. Imaginez simplement toutes ces vieilles tiares et mitres mises à l'enchère et même la papamobile. Ça rapporterait des fortunes. Un coup de pub sans précédent.

9o Et surtout, surtout, cessez de déconseiller l'usage du condom à ces pauvres Africains qui se meurent du sida. C'est criminel ce que vous faites là.

Bon, je n’irai pas plus loin avec mes suggestions car je pense que vous avez saisi l’idée générale: changer l’image austère de l’Église pour une image de joie, de bonheur. Je vous jure qu’avec ça, l’Islamisme n’a qu’à bien se tenir.

Et, pour lancer le mouvement, je vous suggère de rassembler tout ce qui porte mitre, barrette, calotte et chasuble pour leur annoncer la bonne nouvelle. Peut-être même, pour la circonstance, devriez-vous, vous-même, porter un jean. Il s’en fabrique de très beaux aujourd’hui, vous savez. En denim. Et des babouches aux pieds, tiens. Le Christ ne se promenait-il pas pieds nus? Ça donnerait le ton.

Puis, pour donner suite, une lettre pastorale dans laquelle vous intimeriez à tous les curés de la terre l’ordre de rappeler à leurs ouailles que leur premier devoir est de rechercher le bonheur ici-bas pour eux et pour leur prochain. Au cas où il n’y aurait pas d’après-vie. Une sorte de pari de Pascal mais à l’envers.

Le tout humblement soumis.

mercredi 31 mars 2010

Capsule astronomique No 8

Brève histoire de l’homme et de son univers

Il est bien loin le temps du poète Homère alors que la terre se limitait à une partie de la Méditerranée entourant la Grèce. En ce temps-là, la terre était immobile au centre de l’univers et tous les astres faisaient cercle autour d’elle.
Au surplus, Aristote, 3 siècles A.C., avait décrété une fois pour toutes que les étoiles, tout en tournant elles aussi autour de la terre, étaient irrémédiablement figées dans leur position.

Tout alla bien ainsi pendant 2000 ans. Pas besoin de se casser la tête : les dieux de la mythologie réglaient tout, remplacés, au tournant du 1er siècle P.C. par un Dieu unique qui confirmait le géocentrisme car l’homme, l’enfant chéri de ce Dieu unique, avait été installé, perché sur son astre, au centre de l’univers.

Copernic, au XVIe siècle, jette la première pierre dans cet étang de certitude en plaçant le soleil au centre de l’univers, bientôt suivi par Galilée et bien d’autres.
Peu importe, se disait-on, le système solaire demeure au centre de l’univers. Mais, au XVIIIe siècle, nouvelle pierre dans l’étang : William Herschel découvre la Voie lactée (VL) et ses milliards de soleils. Peu importe, se dit-on encore une fois : on s’empresse de situer le soleil et son cortège de planètes au centre de la VL.

En 1918, nouvelle dégringolade : Harlow Shapley détrône le système solaire du centre de la VL pour le reloger en banlieue. Mais, au moins, la VL, qui abrite le système solaire, est plus que le centre de l’univers : elle constitue tout l’univers. Elle est une grosse goutte d’étoiles dans un vide infini.

Puis, en 1923, coup fatal à la VL : Edwin Hubble découvre d’autres galaxies en dehors de la VL. Pire, ces galaxies, les poches pleines de milliards d’étoiles, se fuient les unes les autres à grande vitesse. Aristote, qui avait figé les étoiles, se retourne dans sa tombe. Graduellement, on découvre des milliards de galaxies et leur fuite éperdue révèle un univers de démesure.

La terre, déchue à tout jamais du centre de l’univers, devient une insignifiante petite planète tournant autour d’une étoile bien ordinaire vivotant en banlieue de sa galaxie, elle-même perdue dans l’immensité de l’univers.

L’homme, qui s’était orgueilleusement planté au centre de l’univers, est piteusement détrôné.

Mais le pauvre humain n’était pas au bout de ses surprises car on lui apprendra bientôt :
- que son univers est né d’une toute petite particule qui a explosé il y a 13 milliards d’années pour ensemencer l’univers d’étoiles et de planètes enfermées dans des galaxies lancées dans leur course folle vers l’infini;
-que son arbre généalogique remonte jusqu’aux étoiles qui ont fabriqué ses atomes;
-que son gîte, la terre, a été formée il y a quelque quatre milliards d’années;
-que la vie y est apparue il y a quelque 3,5 milliards d’années, sans que nous n’ayons la moindre idée du pourquoi de cette survenance;
-que l’homme moderne n’a surgi que depuis environ 200 000 ans, sans que nous n’ayons non plus aucune explication pour l’apparition de la conscience;
- qu’il est donc un nouveau venu dans l’univers et qu’il peut disparaître tout autant que les autres espèces;
-que l’univers qu’il se croyait en mesure de décoder se révèle de plus en plus cachotier et mystérieux car nous ne connassons la nature que de 4% de la matière et de l’énergie qu’il contient, 96% demeurant résolument impénétrable;
-que de ce 4% dont nous connaissons la nature, 3,5% demeure invisible.

Au bout du compte, loin de se décourager devant tous ces mystères, on peut s’ébahir de voir comment l’homme, qui n’a accès qu’à une toute petite fenêtre sur son univers, réussit quand même l’exploit de lever de plus en plus de coins du voile sur ces mystères, particulièrement depuis le XXe siècle.

Il y a sûrement un côté angoissant dans cette découverte d’un univers de démesure qui échappe à notre entendement mais, il y a un côté emballant à nous voir peu à peu sortir de l’obscurité moyenâgeuse dans laquelle nous avons été depuis si longtemps enfermés.

Les nombreuses et excellentes vulgarisations scientifiques que nous offrent aujourd’hui des astrophysiciens comme Hubert Reeves et Trinh Xuan Thuan, pour ne mentionner que ceux-là, nous font redécouvrir toute la joie de connaître qui illuminait notre jeunesse.

Et les images de cet univers auxquelles nous donne accès le télescope Hubble, particulièrement les images des nébuleuses, nous permettent d’entrevoir toutes les beautés et merveilles que recèle notre mystérieux univers.

lundi 15 mars 2010

À la rencontre du 2e type

Donc, une belle nuit, nous voilà prêts à partir vers l’espace infini à la recherche d’une forme de vie intelligente sur une planète. Comme les planètes sont les compagnes de route des étoiles, vaut évidemment mieux voyager de nuit alors que les étoiles sont facilement repérables.

Pour réussir dans notre entreprise, nous ferons, comme vous le savez, de la téléportation, c’est-à-dire que les atomes, qui sont la matière de notre corps, se détachent en quelque sorte du corps pour se reconstituer ailleurs. C’est comme le lapin qui disparaît de la main du magicien pour se retrouver instantanément dans son chapeau. C’est tout simple, paraît-il, car les astronautes de Star Trek le font couramment.

Oui, vous pourrez garder vos vêtements qui se dématérialiseront en même temps que votre corps. Non, pas besoin de vous vêtir chaudement car nous choisirons des planètes juste à bonne distance de leur étoile pour ne pas griller ni nous frigorifier. Y a-t-il de telles planètes? Oui, sûrement, parmi les milliards de milliards de planètes de l’univers. Quelles planètes choisir? Ne vous en faites pas avec ça : la NASA m’a fourni une liste. Comment fait-on pour se rendre à destination? Il n’y a qu’à penser la planète où l’on veut atterrir et, bingo, nous y voilà. Faut-il une cabine de voyage? Non, mais il faut une cabine de dématérialisation à bord de laquelle nous monterons pour les départs. Cette cabine, du reste, se dématérialisera en même temps que nous pour se reconstituer au point d’arrivée. Nous en aurons besoin pour tous nos déplacements. Où trouverons-nous une telle cabine? Rien de plus simple, j’ai un ami astrophysicien qui m’en a bidouillé une, en s’inspirant, m’a-t-il dit, du confessionnal de verre du cardinal Ouellet. Publierons-nous les résultats de cette expérience fantastique? Oui, je tiendrai un journal de bord que je publierai et qui aura sans doute un grand retentissement. Nous nous partagerons les revenus de publication.

…D’autres questions? Non? Vous êtes prêts? Bon, la nuit est belle, alors en voiture…après vous, Mesdames…

Extraits du Voyage au bout de l’univers effectué en mars 2010 par «L’équipe du 1er type»:

…Après moult arrêts sur des planètes toutes plus étranges et plus belles les unes que les autres, c’est en fin de compte dans la constellation du Sagittaire que nous avons trouvé la planète bénie que nous recherchions. En y posant pied, nous avons tout de suite su que c’était la bonne planète. La beauté des lieux était à couper le souffle : de vastes forêts aux arbres de toutes les essences et suffisamment dégagés pour qu’on pût y circuler librement, d’immenses prairies piquées d’une variété infinie de fleurs, des oiseaux aux ailes multicolores, des eaux bleues étincelantes sous un soleil de Méditerranée… Le rêve, je vous dis, le rêve. Notre stupéfaction fut à son comble lorsque nous croisâmes des animaux. Ceux qui, sur terre, étaient considérés comme de dangereux carnivores, n’étaient ici que de paisibles herbivores. Les lions ne mangeaient pas les cerfs qui broutaient à leur côté…ni d’ailleurs les astronautes. (Nous apprîmes plus tard que c’est à ce signe que l’on reconnaît les paradis terrestres).

Nous marchâmes longtemps dans ce paysage enchanteur sans rencontrer âme qui vive. C’est à l’approche d’un merveilleux jardin que nous comprîmes enfin ce qu’était ce pays de rêve. Une grande affiche annonçait :

«Paradis terrestre – 2e essai»

Au milieu du jardin, deux êtres magnifiques nous attendaient, souriants. C’était donc ça : le Tout-Puissant s’était refait la main et ces deux là étaient des Adam et Ève de deuxième génération. Deux êtres d’une grande beauté qui nous accueillirent chaleureusement en nous disant qu’ils avaient été prévenus de notre arrivée et nous attendaient avec joie. Ils étaient très sommairement vêtus comme on pouvait s’y attendre mais les larges feuilles qu’ils avaient choisies pour cacher leur sexe (on les avait prévenus que nous n’étions pas des nudistes) étaient d’un goût exquis.

Ils entreprirent de nous faire visiter les lieux et, devant nos pressantes questions, de nous décrire leur mode de vie. «Une vie de rêve, nous dirent-ils, nous ne manquons de rien. Nous n’avons qu’à tendre la main pour cueillir fruits et légumes, sans même avoir à cultiver» et, joignant le geste à la parole, ils nous guidèrent dans une visite d’un coin de leur immense jardin où abondaient les arbres regorgeant de fruits d’une infinie variété. Mais lorsque nous leur fîmes part de notre étonnement de ne pas voir de pommes, ils nous dirent n’avoir jamais entendu parler de fruits portant ce nom. Leur vie était vraiment sans soucis. Ils passaient leurs journées en longues promenades sur leur merveilleuse planète. Ils n’avaient pas de voisins tapageurs car ils étaient seuls à habiter ici. Pas de problèmes avec les enfants non plus car, nous dirent-ils avec un soupçon de tristesse dans les yeux, ils n’en avaient pas.

À leur tour, ils nous interrogèrent. Nous leur expliquâmes que nous étions des humains de première génération. Que nos lointains ancêtres avaient désobéi aux ordres en croquant une pomme et que tout avait alors mal tourné. Depuis ce temps, nous devions travailler pour gagner notre sel, nous nous engagions parfois dans des guerres barbares et interminables, beaucoup d’entre nous mouraient de faim, nous avions des prisons pour nous protéger des voleurs et des tueurs, bref, ce n’était pas toujours jojo sur notre petite planète. Par contre,nous avions aussi de bons moments. Il y avait du football,des courses automobiles,du ski acrobatique et de la pêche à la ligne. Il y avait aussi les avions, la télé, les ordinateurs, le cinéma,les téléphones portables et la danse en ligne. Puis les carnavals, les pique-niques avec les enfants, les glissades en traîneau et les cadeaux de Noël. Et c’est sans compter les femmes qui adoraient le magasinage, les parades de mode, les enfants qu’elles allaitaient au sein et… à ce moment, ma femme me donna un coup de coude dans les côtes* car elle avait vu une larme perler aux yeux d’Ève.

Nous passâmes un long moment avec eux en dégustant d’excellents nectars et de délicieux fruits.

Quand vint le moment de partir, Adam me tira discrètement par la manche et me glissa à l’oreille : «À ton retour, pourrais-tu nous apporter une ou deux pommes?»


Je ne peux, pour le moment, rien dévoiler de plus sur notre rencontre du 2e type car notre éditeur nous l’interdit.

*Ma femme a cette mauvaise habitude de me donner des coups de coude dans les côtes comme pour reprocher à Adam d'avoir engendré Ève de cette façon.










Vol en rase-mottes*

Vous qui dites bien connaître le fleuve Saint-Laurent, l'avez-vous jamais survolé de nuit? Non! Non! Pas en 747 ou en DC8 à dix mille mètres d'altitude. On ne voit rien à ces hauteurs. Pas en Cessna non plus, c'est trop bruyant. Même pas en ultra léger. C'est bien trop dangereux de se casser la gueule dans ces petits engins. Et qui pourrait bien aller vous récupérer en pleine nuit au milieu du fleuve, hein?

Non, moi je vous parle d'un vol à très basse altitude, silencieux et sûr.
Comment est-ce possible, dites-vous?

C'est là mon secret. Entendons-nous bien toutefois. Je veux bien vous le dévoiler mais il faut absolument que ça reste entre nous. Le jurez-vous sur la tête de votre mère? Vous êtes né de parents inconnus, dites-vous? Allons, ne faites pas le pitre. Jurez-le... Bon, ça va.

Le monde est si méchant, vous savez. Mon secret est si simple qu'on pourrait m'accuser de sorcellerie ou d'avoir vendu mon âme au diable ou, même pire, d'être un membre de la secte des raëliens.

C'est bien parce que vous êtes vraiment un être au-delà du commun, déterminé comme on n'en voit plus et, par-dessus tout, possédant une foi à soulever les montagnes, que je vous dévoilerai ce secret.

Le vol dont il est question ici se pratique sans l'aide d'aucun appareil. Il s'agit simplement d'avoir un vêtement approprié. Une simple tunique, assez ample pour faciliter la portance lorsqu'on ouvre les bras. Rien d'autre, je vous l'assure. Tout est dans la tête.

Il faut évidemment se trouver un juchoir pour le départ, comme l'on fait en deltaplane. Je vous recommande fortement un clocher d'église. D'abord parce que vous en trouverez plusieurs commodément situés le long du fleuve, mais surtout parce que vous trouverez au sommet de ces saints lieux une ambiance propice au recueillement, ingrédient indispensable au vol libre que je vous propose ici. Comme vous le savez, la plupart des églises sont verrouillées de jour comme de nuit. Alors il vous faudra peut-être vous glisser dans le clocher à la faveur de la messe du matin. Apportez-vous un petit lunch, car vous devrez attendre jusqu'à la nuit dans votre perchoir. Des choses légères. Un estomac lourd tient mal l'air.

Choisissez une nuit de pleine lune pour bien jouir du paysage. Recueillez-vous une bonne heure avant le décollage. Imaginez-vous volant dans la nuit étoilée. Ne pensez qu'à ça. Le moment venu, montez sur l'appui du clocher qui donne du côté du fleuve en prenant bien soin de ne pas heurter le battant de la cloche. Ce n'est pas le moment d'alerter tout le village. Dès lors, concentrez-vous bien. Je vous assure que si, à ce moment, vous parvenez à vous visualiser volant dans les airs et vous y croyez, ça marchera. Fléchissez alors les genoux, descendez les bras le long du corps et, d'une solide détente des jarrets, projetez-vous vers le haut à un angle de 45o en lançant les bras vers l'avant d'un mouvement vigoureux pour tirer votre corps vers le haut (vous avez déjà vu faire Superman, n'est-ce pas?). A partir de ce moment, ne laissez jamais, vous m'entendez, JAMAIS, le moindre doute envahir votre esprit.

À une hauteur de deux à trois cents mètres, abaissez les bras à un angle d'environ 30o de l'axe du corps et tournez les mains vers l'avant par une rotation des avant-bras (vous savez comme le fait la statue du Seigneur lorsqu'Il dit "Laissez venir à Moi les petits enfants"). Ce simple mouvement de freinage aura pour effet de vous amener à l'horizontale. Une fois ainsi établi à l'horizontale, détournez les mains. Vous naviguerez alors parallèlement au sol. À ce moment, ouvrez les bras comme pour faire le saut de l'ange. Ceci assurera votre stabilité. Maintenez cette position pendant quelques minutes pour bien sentir la portance de l'air. Tournez alors légèrement les paumes vers l'avant et vous vous verrez aussitôt prendre de l'altitude. Tournez- les vers l'arrière et vous redescendrez. Vos mains jouent le rôle des volets sur les ailes d'un avion. Basculez le corps vers la gauche ou vers la droite et vous vous verrez aussitôt virer du côté où vous avez basculé. A partir de là, je vous laisse découvrir vous-même les merveilles du vol et toutes les pirouettes et cabrioles que vous ne tarderez pas à apprendre.

Laissez-moi toutefois vous suggérer un itinéraire pour cette première envolée au-dessus du fleuve. Partez de Champlain, ce fort joli petit village à quelques kilomètres à l'est du Cap-de-la-Madeleine sur la rive nord du Saint-Laurent et descendez avec le courant. Si vous longez la rive, faites attention aux cargos qui passent si près qu'on les croirait en train de se faire un chemin dans les pelouses derrière les maisons. Je vous laisse découvrir Batiscan, Sainte-Anne-de-la-Pérade et Grondines. Ensuite, ce sera Deschambault et sa place de l'église qui vaut vraiment le coup d'oeil, puis Portneuf avec son quai en eaux profondes de près d'un kilomètre de long. Tiens, là, je vous suggère de partir de la rive et de remonter en rase-mottes tout le long du quai pour soudain déboucher au-dessus des eaux noires du fleuve. Frissons, saisissement et ravissement garantis. Pour finir en beauté, vous remontez en traversant le fleuve pour aller planer au-dessus des falaises de la Pointe du Platon où vous découvrirez le magnifique domaine Joly-De ¬Lotbinière. Dès que vous reviendrez au-dessus du fleuve, basculez bien le corps vers la droite pour prendre l'incroyable coude à 90o que fait le fleuve immédiatement à l'est de Portneuf pour couler vers Cap-Santé et son pittoresque Vieux-Chemin qui débouche sur son imposante église de 1755. Puis ce sera Donnacona et les hautes cheminées de son usine de papier crachant leur fumée blanche dans la nuit noire, Neuville avec son petit village perché sur la colline, Saint-Augustin et son vieux Chemin du Roi qui longe le fleuve, Cap-Rouge et son extraordinaire chemin de fer aérien, les deux ponts de Québec, le Cap Diamant...avez-vous déjà vu le Château Frontenac la nuit du haut des airs? C'est un spectacle, je vous assure, tout un spectacle!

Écoutez, je parle, je parle, mais il est bien inutile de décrire avec des mots le voyage que vous entreprendrez. C'est tout simplement une aventure féerique et exaltante qu'il faut vivre soi-même. Vous m'en donnerez des nouvelles.

Est-ce que moi-même j'ai fait ce voyage, dites-vous?

Non, hélas, non. Ce n'est pas le désir, ni la foi qui manquent, croyez-moi. C'est simplement qu'à mon âge je n'ai plus assez de ressort dans les jarrets pour l'élan initial. Et puis ma santé est un peu fragile. Dans la nuit fraîche, vous savez, une pneumonie est si vite attrapée.

Comment alors puis-je être aussi certain que l'on peut ainsi voler?

Écoutez, j'ai lu la recette du vol autonome dans un vieux livre tout ce qu'il y a de plus sérieux où l'on traite de sujets aussi mystérieux que l'alchimie, les Rose-Croix, la théosophie et la pierre philosophale, pour ne mentionner que ceux-là. Ce livre est si vieux en fait que beaucoup de caractères sont effacés, usés sans doute par les doigts des vieux sages qui l'ont feuilleté. Je ne suis même pas arrivé à déchiffrer le titre du chapitre qui traite du vol autonome. Les seules lettres que j'ai pu reconnaître sont celles-ci:

_es _êv_s _o_s

Peut-être, de votre côté, arriverez-vous à déchiffrer ce mystérieux titre?
Quoiqu'il en soit, je vous souhaite bon voyage**

*Extrait de Épitaphe pour une brouette – Jean Marcoux Éd. Les Quinze 1994
** Si jamais vous, Armelle, décidiez de tenter l’aventure, munissez-vous d’un petit parachute au cas où vous rencontreriez une poche d’air. Je ne voudrais surtout pas être privé de vos carnets de voyage.