vendredi 23 juillet 2010

Capsule de physique No1

De quoi est faite la matière?

La première question que j’aborderai est donc la matière : de quoi est faite la matière ? Tu parles d’une question, me direz-vous, la matière est la matière, ne cherchons pas midi à quatorze heures !

Bon, reprenons la question autrement :

-De quoi est faite la table sur laquelle est posé votre ordinateur ?
-De bois, dites-vous ?
-Très bien.
-Et de quelle sorte de bois ?
-De pin.
-Parfait. Nous savons donc que votre table a été fabriquée avec un matériau qui est du pin. Et ce pin, d’où vient-il ?
-De la forêt où il a poussé.
-Et comment s’y est-il pris pour pousser ?
-Eh bien, une graine s’est sans doute échappée d’une cocotte de pin et a germé à proximité de son pin géniteur.
-Bien. Maintenant, poussons plus loin notre enquête : comment une toute petite graine de pin a-t-elle pu générer l’immense arbre qu’on a coupé et façonné pour en faire votre table d’ordinateur ?
-Sans doute parce que la petite graine de pin a su puiser dans le sol et dans l’air les nutriments nécessaires à sa croissance.
-Voilà qui est bien dit. Mais par quelle opération magique, ces nutriments (oxygène, calcium, fer, etc.) ont-ils pu devenir arbre ? Je ne peux pas transformer mon stylo en torche électrique, n’est-ce pas ? À moins d’être un excellent magicien ou un thaumaturge comme Jésus-Christ qui, à ce qu’on dit, pouvait transformer l’eau en vin. Alors comment ces nutriments peuvent-ils devenir arbre ?
- ???
-Ce n’est pas d’hier que l’homme se pose ce genre de questions. Déjà, dans l’Antiquité, les philosophes grecs (Parménide, Platon, Aristote, Empédocle, Anaxagore, etc.) se posaient la question : comment l’herbe que mange le lapin peut-elle devenir lapin ? C’est finalement Démocrite qui a trouvé la réponse : tout ce qui existe est fait de petites particules interchangeables : les atomes. Ils sont la menue monnaie de l’univers. Ce sont les pièces d’un immense meccano que l’on peut combiner de diverses façons pour fabriquer tantôt une maison, tantôt un cheval. C’est ainsi que l’herbe peut se changer en chair de lapin et que les nutriments dans le sol et dans l’air peuvent devenir arbre.

Mais les atomes, dont Démocrite avait eu l’intuition, existent-ils vraiment ? Au XIXe siècle, on en doutait encore. Ce n’est qu’au début du XXe siècle, grâce particulièrement aux travaux de Jean Perrin, que la réalité des atomes a pu être prouvée. Ainsi donc l’atome est la réponse à notre question : de quoi sont faites votre table d’ordinateur et, plus généralement, toute la matière connue, des étoiles jusqu’aux pucerons.

En ce début du XXe siècle, l’atome est perçu comme la réalité ultime de la matière : il est insécable et on ne peut aller plus loin dans l’infiniment petit. Tout allait bientôt profondément changer.

À force de scruter l’atome, on découvre qu’il comporte un noyau autour duquel pirouettent et gigotent d’infiniment petites choses : les électrons. Et on n’est pas au bout de nos surprises. Le noyau lui-même est composé de deux particules : des protons et des neutrons. Est-on enfin arrivé à l’ultime réalité des choses, aux plus petites particules imaginables ?

C’est ce que nous saurons dans le prochain épisode de notre palpitante et aventureuse descente au cœur de la matière.

mercredi 14 juillet 2010

Ce qui n'a pas été écrit*

«Ce qui n’a pas été écrit, c’est ce qui m’avait amené dans cette maison ce soir de juin 1954, m’a raconté Antoine.

«On a écrit que je n’avais écouté que mon courage et qu’il s’agissait d’un acte de pur héroïsme. Tous les journaux en ont parlé et on m’a même décoré pour ce haut fait.

«Ce qui a beaucoup contribué à faire de mon geste un tel événement médiatique, c’est la photo prise par un amateur du voisinage. Une photo sensationnelle publiée à la une de tous les journaux : moi, en chemise blanche au col large ouvert, le cheveu roussi et sortant de la maison en flammes avec Marie-Anne évanouie dans mes bras. Une Marie-Anne splendide et touchante dans sa robe de nuit blanche, avec son visage angélique et sa longue chevelure blonde qui pendait librement de sa tête basculée vers l’arrière.

«Je pense d’ailleurs que c’est à ce moment-là que j’en suis tombé amoureux.

«Ce sauvetage, et surtout cette photo, nous ont catapultés à l’avant-scène de l’actualité. Marie-Anne qui, dans son travail de mannequin, n’avait réussi à parader que pour des couturiers de bas étage, est rapidement devenue la cover-girl favorite des magazines et des publicitaires. Pour ma part, je suis devenu un architecte-décorateur très en demande, moi qui étais sans le sou et n’avais décroché ni emploi ni contrat depuis la fin de mes études un an plus tôt.

«Ce qui n’a pas été écrit, c’est que lorsque je suis entré dans cette maison, cette nuit-là, je ne savais pas que le feu couvait dans le hangar arrière. Lorsque j’ai fourré dans ma poche la trentaine de dollars trouvés dans l’armoire de la cuisine, je ne m’étais pas encore aperçu que le feu prenait de l’ampleur. Ce n’est qu’en fouillant dans le tiroir du bahut au salon, que j’ai entendu des cris venant de la rue. Je me suis alors approché de la fenêtre et, dissimulé derrière les rideaux, j’ai vu que les gens rassemblés dans la rue pointaient du doigt la maison. Je n’ai vraiment pris conscience de la situation que lorsque, dans le brouhaha, j’ai saisi les mots «feu, pompiers, alerte…». Sans demander mon reste, j’ai couru vers la cuisine pour m’enfuir par l’arrière. Je ne voulais surtout pas qu’on me voie sortir de cette maison. Mais la fumée opaque et menaçante qui roulait derrière la porte a coupé ma retraite. Paniqué, j’ai fait le tour des pièces, espérant m’échapper par une fenêtre et sortir inaperçu.

«J’entendais maintenant le feu gronder, ce maudit feu qui gagnait du terrain à une vitesse incroyable. Soudain, une explosion fit voler en éclats la porte de la cuisine, me soufflant au visage un nuage brûlant de fumée. Je me suis précipité dans la salle de bains et j’ai refermé la porte. Le visage protégé par une serviette mouillée, je suis ressorti à quatre pattes pour me rendre dans la chambre de façade, la seule pièce que je n’avais pas encore explorée.

«La serviette sur la bouche, je rampais vers la fenêtre lorsque, en passant près du lit, je sursautai à la vue d’une forme humaine inanimée…

«Ai-je agi par compassion ou parce que j’ai vu là ma planche de salut ? Je ne saurais le dire. Après avoir laissé tomber la serviette et arraché les couvertures, j’ai glissé mes bras sous cette personne, l’ai soulevée et, toussant et pleurant, je me suis précipité vers la porte d’entrée à travers les flammes et la fumée.

«C’est, là, dans les marches du court escalier, que ce photographe béni a pris cette photo du chevalier sans peur et sans reproche sauvant la Belle des griffes du dragon.

«Ce qui n’a pas été écrit, c’est que le chevalier, mort de peur, se reprocherait toujours les motifs peu louables qui l’avaient conduit dans cette maison.

«Ce qui n’a pas été écrit non plus, c’est que, après toutes ces années, Marie-Anne et moi, nous nous aimons toujours tendrement bien qu’elle n’ait jamais compris comment j’avais pu récupérer ses bijoux dans le tiroir du bahut.

«Est-il nécessaire de te dire, a ajouté Antoine, que ce récit doit demeurer secret et que jamais, au grand jamais, il ne doit être écrit.

¤

«Femme romanesque, Marie-Anne a insisté pour que nous achetions la maison à demi-incendiée. Nous l’avons évidemment reconstruite et nous nous y sommes installés. Si tu passes par là un soir d’été, tu verras Marie-Anne se bercer sur la galerie et, pour peu que tu lui adresses la parole, son merveilleux visage s’épanouira. Elle trouvera sûrement le moyen de détourner la conversation pour te raconter ma conduite héroïque lors de cette fameuse nuit de 1954.

«Ne va surtout pas lui apprendre ma version des faits. Elle serait capable de mettre le feu à la maison rien que pour me donner une nouvelle occasion de te prouver mon héroïsme.

«Et, franchement, me vois-tu, à mon âge, la soulever dans mes bras ? Elle pèse maintenant dans les soixante-dix kilos, tu sais. Je devrais la traîner dehors par les pieds. Encore bien chanceux si ce n’est pas elle qui devait me sortir de là.

«Et qui me dit qu’il n’y aurait pas dans les parages quelque photographe un peu zélé ?»


¤

Cet épisode de la vie de mon vieil ami Antoine est mot à mot celui qu’il m’a raconté quelques jours avant sa mort survenue de près par celle de Marie-Anne. Je lui ai juré de ne jamais en souffler mot à personne. Mais vous me connaissez, hein, je ne tiens jamais mes promesses. Ce n’est pas une question d’infidélité, c’est ma mémoire qui s’en va à vau-l’eau.


*Extrait révisé de L'homme qui souriait en dormant Jean Marcoux Éd. Les Quinze 1994






lundi 5 juillet 2010

C'était un 17 juillet

Ce moment magique, j’ai essayé de le faire revenir devant mes yeux à plusieurs reprises, mais il m’échappe toujours. Il ne m'en reste que des bribes, comme l'étrange rêve qu'on essaie de revivre au réveil.

C'était un 17 juillet, vers 20h30.

Nous revenions doucement de l'île d'Orléans et avions pris le Chemin des Prêtres, un chemin de traverse qui va de Saint-Laurent à St-Pierre. Une route qui ressemble à la Route du Mitan un peu plus à l'est, mais plus courte et un peu moins spectaculaire.

Et c'est là, en descendant vers St-Pierre, que nous avons vu ce spectacle. Nous nous sommes arrêtés pour mieux voir ce qui se passait, comme beaucoup d'autres gens du reste. Le ciel était couvert. Nous n'avons vu le soleil que pendant un bref moment, du côté de la Côte de Beaupré: un disque rond, parfaitement découpé au-dessus des montagnes, mais sans éclat, aux rayons étouffés dans les nuages. Mais, même une fois disparu, le soleil continua à illuminer une large bande d'horizon d'une lumière diffuse orangée. C'est surtout cette lumière qui était extraordinaire. Un vrai paysage d'Apocalypse que certains même trouvaient terrifiant. Au-dessus de cette bande, des nuages opaques avec une frange violette. Des éclairs lointains ajoutaient à cette scène de jugement dernier. Un paysage sinistre mais de toute beauté. On se prenait à espérer de voir apparaître le Dieu éternel et justicier.

De l'autre côté de la route, des jeunes filles jouaient au foot sur un terrain de jeu. Sans trop savoir pourquoi, cette ambiance m'a plongé dans un vague passé qui m'échappait, des sentiments plus que des souvenirs, des réminiscences floues dont il ne me restait que les effluves. J'aurais voulu figer ce moment. Je m'y sentais bien. Comme si le temps n'existait plus. Comme si j'étais transporté dans un autre monde. Comme si je revenais aux jours de mon enfance alors que la vie était éternelle. Comme si le paradis était à portée de main. Comme si ... je ne sais pas.

Nous sommes revenus sous la pluie battante mais l’âme étrangement en paix. J'avais l'impression d'avoir vécu un épisode d'Alice au pays des merveilles.

lundi 3 mai 2010

Les galettes à l'avoine

Il était une fois une bonne mère de famille comme il s’en faisait autrefois (et comme il en reste d’ailleurs encore plusieurs aujourd’hui) et qui décida un beau jour de fabriquer une fournée de galettes à l’avoine pour sa marmaille. Elle sortit alors de ses armoires de la farine, de la poudre à pâte, des flocons d’avoine, du sucre, de la cassonade, de la margarine, un œuf, une pincée de sel et une petite fiole de vanille.

Vous savez, comme moi, que chacun de ces ingrédients, pris séparément, n’a pas très bon goût. Une tasse de farine, vous savez, ou une cuillerée de margarine ne remportera jamais de grands prix aux concours culinaires.

Mais notre cuisinière mêla le tout qui devint une pâte informe qui, pour l’instant, n’annonçait rien de bon. Mais elle étendit cette pâte en petits paquets sur une plaque qu’elle mit au four. Alors, ô miracle, les petits paquets de grisaille se mirent à gonfler et devinrent de jolies galettes.

La marmaille, comme on s’en doute, se précipita sur les galettes et les engouffra. Et alors, ô nouveau miracle, les estomacs des petits pétrirent les galettes et, par maints tours de magie, en convertirent plusieurs en cellules vivantes qui circulèrent dans le corps des petits et s’y intégrèrent et, le croirez-vous, la farine, les œufs, la margarine et tous les ingrédients que leur mère avait mis dans ses galettes devinrent des petits Maxence, Joséphine, Amélie et Toto.

Si vous interrogez les savants, ils vous diront que les éléments primitifs du début (farine, etc.), une fois pétris dans le corps des petits, sont devenus des cellules vivantes. Ils sont donc devenus beaucoup plus complexes qu’ils ne l’étaient au départ.

Eh bien, c’est là, à petite échelle, toute l’histoire de l’univers.

Lorsqu’il est né, notre univers n’était qu’une soupe informe et extrêmement chaude, un mélange sans bon sens de particules infiniment petites, incroyablement tassées les unes sur les autres et se chamaillant à qui mieux-mieux. La désorganisation totale, un vrai bordel quoi !

Et il arriva ce qui devait arriver : la soupe, devenue trop chaude, fit exploser le couvercle de la marmite et se répandit partout. C’est ce qu’on appela le gigantesque flash du Big Bang.

Mais c’était encore la grande confusion. Il fallut des millions d’années avant qu’un début d’ordre naisse de ce chaos. Ce furent d’abord de grands nuages de ces particules indisciplinées qui commencèrent à se rassembler en vastes ensembles que, plus tard, les savants appelèrent nébuleuses. Les particules prirent goût à ces rassemblements et se tassèrent les unes sur les autres pour fabriquer de nouvelles particules, essentiellement de l’hydrogène, et de l’hélium comme, encore une fois, les savants les appelèrent plus tard. À force de se tasser, ces particules se réchauffèrent tellement qu’elles finirent par prendre feu : les étoiles étaient nées ! Rien de moins ! L’Univers devint lumineux.

Mais les étoiles, toutes étoiles qu’elles sont, demeurent des créatures plutôt primitives : de vastes brasiers qui consomment à chaque instant des tonnes d’hydrogène. Mais rendons leur quand même ce qui leur revient : elles entreprirent de fabriquer des noyaux de multiples nouveaux éléments.

Les plus grosses de ces étoiles, étouffant sous leur propre poids et n’en pouvant plus, éclatèrent alors dans de formidables explosions, projetant aux quatre coins de l’univers les noyaux qu’elles avaient fabriqués dans leur cœur. Ces noyaux ne périrent pas pour autant. Ils survécurent et se firent copain-copain avec les multiples autres petites particules qui gigotaient dans la soupe initiale que le Big Bang avait disséminées et que, plus tard encore une fois, on baptisa de noms affectueux comme électrons, photons, quarks, bosons, mésons, etc. Cette association produisit, devinez quoi : des atomes de toute sortes! Des atomes de fer, des atomes de cuivre, des atomes de zinc, etc., etc.

Les atomes, on le sait, sont les briques de la matière. Mais, comme on le sait aussi, les atomes ont pris goût à l’invention et se sont regroupés en molécules qui se sont associées de mille et une façons pour arriver à fabriquer tous les trucs que l’on trouve dans la nature : les nuages qui flottent au-dessus des océans aussi bien que les masses d’eau qui remplissent ces océans, la pierraille agrippée au Mont Blanc aussi bien que l’air qui se raréfie quand on escalade ce Mont, le feu qui gronde au sein des volcans aussi bien que les plaques tectoniques dont le choc secoue notre planète et toute la panoplie des choses que l’on connaît.

Ces ingénieux petits atomes se sont même mis à s’assembler en grosses molécules puis en cellules qui, par des opérations magiques, ont créé la vie dans les pissenlits qui enjolivent votre gazon (et que vous vous obstinez à saboter), dans la mésange qui vient picorer dans votre mangeoire d’oiseaux, dans la grenouille qui paresse dans son étang, dans les saumons dont les grizzlys guettent le passage et toutes ces «bibittes» qui sillonnent notre planète.

Mais la nature avait encore bien des trucs dans son sac à magie. Elle s’est retroussée les manches et a entrepris de fabriquer un être à deux pattes, plutôt hirsute au début, mais qu’elle a longuement fignolé pour finalement lui implanter dans le crâne une conscience. Cette chose à deux pattes avec une petite jugeote plantée sous sa chevelure, eh bien c’est vous et c’est moi. Le chef d’œuvre, dit-on de la nature (du moins vous, moi c’est pas sûr). Le seul être dont on dit qu’il peut prendre conscience de l’univers qu’il habite et le seul aussi qui se rend compte peu à peu qu’il fait partie de cet univers.

Et voilà que «nous comprenons un peu mieux comment l’organisation et la complexité ont pu émerger du chaos primordial» (dixit Hubert Reeves) et «comment de savoureuses galettes ont pu émerger d’un chaos immangeable de farine et de margarine» (dixit bibi).

Si, un jour, j’entreprends d’écrire mon arbre généalogique, je remonterai bien au-delà de mon arrière-arrière-grand-père. Je remonterai toute la lignée des primates, des reptiles, des poissons, des cellules, des molécules, des atomes, des noyaux et de toutes ces infiniment petites particules qui gigotaient dans l’univers d’avant le Big Bang. J’en parlerai au curé de ma paroisse mais je ne pense pas qu’il retrouve tout ce beau monde dans ses grands registres. Ce n’est même pas certain qu’il retrouve Adam et Ève en cours de route.

Alors, en attendant, moi je dis Chapeau ! Chapeau à cette merveilleuse nature qui, de tâtonnements en tâtonnements, à partir d’une informe soupe primitive, a su patiemment bâtir, après des milliards d’années, une chose aussi complexe que le cerveau humain.

Et c’est grâce à ce merveilleux outil que leur mère porte sous sa magnifique chevelure que les petits Maxence, Joséphine, Amélie et Toto mangent aujourd’hui les délicieuses galettes cuisinées par leur mère.

C’est là, je vous le répète, toute l’histoire de l’univers.

mercredi 21 avril 2010

Conversation de printemps

Conversation d’un matin de printemps
avec mon voisin de balcon


- Comment ça va ce matin ?
- Ça va, ça va bien

- Et les ruisseaux ?
- Ça gargouille

- Et la pluie ?
- Bien ça mouille

- Et les arbres ?
- Ça bourgeonne

- Et les mers ?
- Ça moutonne

- Et les lapins ?
- Ça grignote

- Et les rongeurs ?
- Ça marmotte

- Et les vaches ?
- Ça rumine

- Et les poètes ?
- Bien ça rime


- Et les écrivains ?
- Ça scribouille

- Et les politiciens ?
- Ça grenouille

- Et tes vieux ?
- Ça radote

- Et les tiens ?
- Ça chipote

- Ainsi donc je vois
Que ça va, ça va bien

- Oui, l’air s’adoucit
Et puis l’été s’en vient

Ainsi l’autre matin
Avons-nous causé

Moi et mon voisin
Tout en vidant nos bières

Avant d’aller poser
Nos portes moustiquaires

lundi 12 avril 2010

Lettre au pape

Cher pape,

Il faut bien se rendre à l’évidence, votre Église prend l’eau de toutes parts en Occident. Passez-moi l’expression, elle s’en va au diable. Pas besoin de vous en faire la démonstration, vous n’avez qu’à vous arrêter un petit moment sur la désaffection de vos églises. Vous m’objecterez peut-être la foi des Américains mais regardez un peu les dérives que prend cette foi: la multiplication des nouvelles «églises», comme l’église de la scientologie, qui poussent à tous les coins de rues. Tous ces «preachers» qui, au nom du christianisme, lancent des sectes à gauche et à droite, pour le pognon bien entendu mais qui vous ravissent quand même votre clientèle. Et ces attardés mentaux qui, encore au XXIe siècle, prêchent le créationnisme.

Vous direz peut-être que votre Église a encore le vent dans les voiles en Amérique latine et en Afrique mais attendez un peu que ces gens s’instruisent et il arrivera ce qui est arrivé ici au Québec : une société ultra catholique et conservatrice qui s’est émancipée et qui a déserté ses églises dès que, avec «La révolution tranquille» des années 60, on a ouvert toutes grandes les portes des établissements d’enseignement.

Non vraiment, votre Église n’a pas d’avenir. Comme c’est parti là, elle s’en va droit dans le mur. D’ailleurs, vous le savez bien, vous qui avez des lettres : tout passe (Ta panta rei, comme disait ce vieux philosophe grec Héraclite), les religions aussi bien que les empires. Mais, en attendant, pourquoi ne pas lui donner un nouveau souffle à cette vieille Église qui est la vôtre? Hein, pourquoi pas?

Avec tout le respect qui vous est dû, je me permettrai de vous faire quelques suggestions pour sauver les meubles. Des suggestions toutes simples vous verrez.

Au départ, disons que la règle de base serait la recherche de moyens pour amener vos fidèles à être le plus heureux possible. Alors voilà quelques mesures pour mettre cette règle en application.

1o Descendez le Christ de sa croix. L’image d’un crucifié est morbide et du plus mauvais goût. Les «britiches» diraient shocking. D’autant plus que, suivant la légende, la victime est censée racheter par son geste le péché commis par nos arrières-arrières-arrières grands-parents. Et qui aurait consisté à croquer une pomme. Voyons donc! Une histoire invraisemblable pour entretenir chez l’homme un sentiment de culpabilité tout à fait contraire à la règle de base posée au départ. Puis les enfants, avez-vous pensé aux enfants? C’est une image aussi violente que le Grand Méchant Loup en train de manger le Petit Chaperon rouge. Alors, pas d’hésitation, descendez Jésus de sa croix et laissez-le tranquille dans sa crèche de Bethléem.

2o La transsubstantiation : faire croire aux gens que lorsqu’ils communient, ils mangent le corps d’un homme mort il y a deux mille ans. C’est ni plus ni moins que de l’anthropophagie, vous rendez-vous compte? Et nos pauvres enfants, encore une fois, à qui on enfonce ces absurdités dans le crâne. À tout prendre, le Petit Poucet me paraît encore plus vraisemblable.

3o L’enfer. Le feu éternel. Comme si on avait le cul sur le rond du poêle. Et pour l’éternité, avec cette grosse horloge qui répète sinistrement et inlassablement «Toujours (rester), Jamais (sortir)». Qu’est-ce qui a pris à votre sainte Église d’inventer une histoire pareille? J’en ai encore des frissons quand je pense à nos prédicateurs du carême qui nous menaçaient de cette géhenne éternelle si nous avions le malheur de tripoter un peu les fesses de nos petites voisines en jouant au docteur. Même vos théologiens ne croient plus à Satan et son maudit trident. C’est du sadisme de la pire espèce, complètement à l’encontre de la règle de base. Alors, je vous en supplie, débarquez-moi ça de votre Crédo et ça presse.

4o Le carême, la pénitence, la confession, le jour des morts, le Dies irae et j’en passe, toutes des affaires teintées de jansénisme. Vite, débarrassez le plancher.

5o Le célibat des prêtres. Quelle foutaise! Pas étonnant que vous ayez tous ces scandales de pédophilie sur les bras. À abolir évidemment. Il y a un tas de religieuses qui ne demanderaient pas mieux que de devenir des Madame-curés. Et quant à y être, il serait grand temps que vous permettiez aux femmes de devenir elles-mêmmes curés. Cette interdiction relève d’un sexisme complètement dépassé de nos jours.

6o Par contre, le Paradis, oui, ça c’est une bonne idée. Allez, ouste : le paradis pour tout le monde. Pas de bousculades, avancez en arrière! Imaginez, le pique-nique éternel. Ça risque d’être un peu long et les sandwiches vont peut-être finir par goûter fade mais faut maintenir ça, même si vous n’y croyez pas plus que moi. C’est très bon pour le moral.
Vous m’objecterez peut-être que les méchants recevraient le même traitement que les bons. Pas de problème : annoncez que les bons auront des places V.I.P. et que les méchants devront se contenter du haut des gradins, dans le «pit», comme on dit chez nous. Ne soyez pas trop dur quand même. Dites-leur que tout le monde pourra descendre sur la glace de temps en temps pour disputer un match de hockey aux anges mais que les méchants se feront tasser sur les bandes et tabasser par les anges les plus costauds.

7o Même chose pour les fêtes de Noël et de Pâques. À maintenir absolument, ne serait-ce que parce que les enfants adorent les cadeaux et le chocolat.

8o Savoir que ça ne vous priverait pas trop, je vous suggérerais d’organiser un gigantesque marché aux puces pour liquider tous les trésors et babioles qui encombrent le Vatican. Puis de distribuer aux pauvres le produit de la vente. Imaginez simplement toutes ces vieilles tiares et mitres mises à l'enchère et même la papamobile. Ça rapporterait des fortunes. Un coup de pub sans précédent.

9o Et surtout, surtout, cessez de déconseiller l'usage du condom à ces pauvres Africains qui se meurent du sida. C'est criminel ce que vous faites là.

Bon, je n’irai pas plus loin avec mes suggestions car je pense que vous avez saisi l’idée générale: changer l’image austère de l’Église pour une image de joie, de bonheur. Je vous jure qu’avec ça, l’Islamisme n’a qu’à bien se tenir.

Et, pour lancer le mouvement, je vous suggère de rassembler tout ce qui porte mitre, barrette, calotte et chasuble pour leur annoncer la bonne nouvelle. Peut-être même, pour la circonstance, devriez-vous, vous-même, porter un jean. Il s’en fabrique de très beaux aujourd’hui, vous savez. En denim. Et des babouches aux pieds, tiens. Le Christ ne se promenait-il pas pieds nus? Ça donnerait le ton.

Puis, pour donner suite, une lettre pastorale dans laquelle vous intimeriez à tous les curés de la terre l’ordre de rappeler à leurs ouailles que leur premier devoir est de rechercher le bonheur ici-bas pour eux et pour leur prochain. Au cas où il n’y aurait pas d’après-vie. Une sorte de pari de Pascal mais à l’envers.

Le tout humblement soumis.

mercredi 31 mars 2010

Capsule astronomique No 8

Brève histoire de l’homme et de son univers

Il est bien loin le temps du poète Homère alors que la terre se limitait à une partie de la Méditerranée entourant la Grèce. En ce temps-là, la terre était immobile au centre de l’univers et tous les astres faisaient cercle autour d’elle.
Au surplus, Aristote, 3 siècles A.C., avait décrété une fois pour toutes que les étoiles, tout en tournant elles aussi autour de la terre, étaient irrémédiablement figées dans leur position.

Tout alla bien ainsi pendant 2000 ans. Pas besoin de se casser la tête : les dieux de la mythologie réglaient tout, remplacés, au tournant du 1er siècle P.C. par un Dieu unique qui confirmait le géocentrisme car l’homme, l’enfant chéri de ce Dieu unique, avait été installé, perché sur son astre, au centre de l’univers.

Copernic, au XVIe siècle, jette la première pierre dans cet étang de certitude en plaçant le soleil au centre de l’univers, bientôt suivi par Galilée et bien d’autres.
Peu importe, se disait-on, le système solaire demeure au centre de l’univers. Mais, au XVIIIe siècle, nouvelle pierre dans l’étang : William Herschel découvre la Voie lactée (VL) et ses milliards de soleils. Peu importe, se dit-on encore une fois : on s’empresse de situer le soleil et son cortège de planètes au centre de la VL.

En 1918, nouvelle dégringolade : Harlow Shapley détrône le système solaire du centre de la VL pour le reloger en banlieue. Mais, au moins, la VL, qui abrite le système solaire, est plus que le centre de l’univers : elle constitue tout l’univers. Elle est une grosse goutte d’étoiles dans un vide infini.

Puis, en 1923, coup fatal à la VL : Edwin Hubble découvre d’autres galaxies en dehors de la VL. Pire, ces galaxies, les poches pleines de milliards d’étoiles, se fuient les unes les autres à grande vitesse. Aristote, qui avait figé les étoiles, se retourne dans sa tombe. Graduellement, on découvre des milliards de galaxies et leur fuite éperdue révèle un univers de démesure.

La terre, déchue à tout jamais du centre de l’univers, devient une insignifiante petite planète tournant autour d’une étoile bien ordinaire vivotant en banlieue de sa galaxie, elle-même perdue dans l’immensité de l’univers.

L’homme, qui s’était orgueilleusement planté au centre de l’univers, est piteusement détrôné.

Mais le pauvre humain n’était pas au bout de ses surprises car on lui apprendra bientôt :
- que son univers est né d’une toute petite particule qui a explosé il y a 13 milliards d’années pour ensemencer l’univers d’étoiles et de planètes enfermées dans des galaxies lancées dans leur course folle vers l’infini;
-que son arbre généalogique remonte jusqu’aux étoiles qui ont fabriqué ses atomes;
-que son gîte, la terre, a été formée il y a quelque quatre milliards d’années;
-que la vie y est apparue il y a quelque 3,5 milliards d’années, sans que nous n’ayons la moindre idée du pourquoi de cette survenance;
-que l’homme moderne n’a surgi que depuis environ 200 000 ans, sans que nous n’ayons non plus aucune explication pour l’apparition de la conscience;
- qu’il est donc un nouveau venu dans l’univers et qu’il peut disparaître tout autant que les autres espèces;
-que l’univers qu’il se croyait en mesure de décoder se révèle de plus en plus cachotier et mystérieux car nous ne connassons la nature que de 4% de la matière et de l’énergie qu’il contient, 96% demeurant résolument impénétrable;
-que de ce 4% dont nous connaissons la nature, 3,5% demeure invisible.

Au bout du compte, loin de se décourager devant tous ces mystères, on peut s’ébahir de voir comment l’homme, qui n’a accès qu’à une toute petite fenêtre sur son univers, réussit quand même l’exploit de lever de plus en plus de coins du voile sur ces mystères, particulièrement depuis le XXe siècle.

Il y a sûrement un côté angoissant dans cette découverte d’un univers de démesure qui échappe à notre entendement mais, il y a un côté emballant à nous voir peu à peu sortir de l’obscurité moyenâgeuse dans laquelle nous avons été depuis si longtemps enfermés.

Les nombreuses et excellentes vulgarisations scientifiques que nous offrent aujourd’hui des astrophysiciens comme Hubert Reeves et Trinh Xuan Thuan, pour ne mentionner que ceux-là, nous font redécouvrir toute la joie de connaître qui illuminait notre jeunesse.

Et les images de cet univers auxquelles nous donne accès le télescope Hubble, particulièrement les images des nébuleuses, nous permettent d’entrevoir toutes les beautés et merveilles que recèle notre mystérieux univers.