mercredi 16 décembre 2009

Le cadeau de Noël

Dans la nuit du 4 au 5 décembre dernier, Dieu est venu me rendre visite. Dieu le Père, j’entends. Ce n’est pas nouveau, Il fait ça chaque année. Pas vous?
Je ne peux pas dire que je Le vois vraiment, non, je dirais plutôt que je Le sens. Un peu comme Moïse et le buisson ardent. Il a d’ailleurs voulu une fois me faire ce coup du buisson ardent mais Il y a renoncé lorsqu’Il a compris ma réticence. Je ne voulais quand même pas qu’Il boute le feu à la maison.

Comme je vous disais, Il ne m’apparaît pas en chair et en os. D’ailleurs, nous le savons tous, Il n’a ni chair ni os, ce qui, entre nous, est bien pratique car Il n’a jamais de problème d’ostéoporose.

Ce n’est donc, que Sa présence que je ressens. Je dirais même où : dans le rocking chair de ma femme, là tout près de moi étendu dans mon lazy boy où je passe mes nuits. Il est là qui me regarde, paisible comme seul Dieu peut l’être. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’Il fume une pipe et sirote un brandy. Non, Il se contente de me parler. Pas besoin d’appareil auditif pour Le comprendre : Il parle, comment dirais-je, en-dedans de moi.

Il vient, me dit-il, m’apporter mon cadeau de Noël. J’apprécie Son geste, surtout depuis que je ne crois plus au Père Noël. Mais je reste sur mes gardes car ce sont parfois de dangereux cadeaux, comme la fois où Il m’a proposé de me révéler le jour et l’heure de ma mort ou de m’offrir un coup d’œil sur l’Apocalypse ou un retour en arrière de quelques soixante millions d'années pour une excursion sur un sentier de tyrannosaures ou, encore pire, un retour de George W. Bush à la présidence des États-Unis.
Je Lui ai demandé pourquoi Il venait si tôt cette année. Il m’a répondu qu’Il était très occupé à accueillir toutes les victimes de la grippe A (H1N1) et qu’Il profitait d’un petit répit avant un deuxième assaut de cette grippe, pour visiter quelques mortels.

«Alors, voilà, a-t-Il ajouté, le cadeau que je te propose cette année : choisis une personne, de par le vaste monde, une personne vraiment en danger de mort, et je te la sauve d’un claquement des doigts.
- Avez-vous vraiment le pouvoir de faire une telle chose ? Lui ai-je répliqué étourdiment.

Il m’a jeté un coup d’œil condescendant avant de me lancer «Tu n’es jamais vraiment allé à Lourdes, n’est-ce pas, ni même à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal ?

- Non, mais ce n’est pas Vous qui avez fait ces miracles, c’est la Vierge Marie et le Frère André.

- Mais d’où penses-tu donc qu’ils tiennent leurs pouvoirs ces deux là ? Et, toi-même, qui donc penses-tu t’a mis sur la terre ?

J’ai failli Lui répondre qu’Il devrait en toucher un mot à ma mère qui est sûrement assise là-haut, pas loin à sa droite, mais je n’ai pas répliqué car j’ai senti la colère poindre dans Sa voix.

Après un long moment de silence, Il m’a demandé sévèrement :

«Alors, tu le veux ou non ce cadeau que je t’ai apporté ?

-Oui, Seigneur, oh oui, je le veux.

-Ne m’appelle pas «Seigneur», c’est mon Fils qu’on appelle comme ça. Appelle-moi «Dieu Tout-Puissant», je m’en contenterai.

- Pardonnez-moi. Oui, Dieu Tout-Puissant, oui je le veux ce cadeau.

- Alors, nomme-moi la personne que je sauverai. Tu as une minute, je suis pressé par tous ceux qui m’attendent.

Spontanément, m’est venue en tête le nom d’un merveilleux ami à nous qui se meurt mais, avant même que j’aie pu prononcer son nom, Il m’a arrêté d’un geste de la main signifiant que je devrais bien réfléchir.

Et alors, Il a fait défiler devant mes yeux des images d’enfants du Soudan en train de mourir de faim, puis des prisonniers afghans que des talibans torturent jusqu’à leur dernier souffle, puis cette Pakistanaise qu’on est en train de lapider, puis ce petit bonhomme des favélas du Brésil poursuivi par une brigade de la mort, puis cette femme désespérée qui s’apprête à tuer ses enfants avant de se suicider, puis…

Quand j’ai ouvert mes yeux hésitants, il était trop tard. Il était parti.

Ça fait rien, je l’aurai quand même mon cadeau de Noël : ma femme m’a promis des pantoufles.

Mais une chose est sure : si le Bon Dieu décide de prendre sa retraite, je ne postulerai pas l’emploi. Les décisions sont trop dures à prendre.




mardi 1 décembre 2009

Rattacher les fils

Mes ancrages - Capsule No 6

Depuis le temps que j’ai entrepris de vous entretenir de cette rubrique que j’ai intitulée «Mes ancrages», permettez-moi aujourd’hui de rattacher tous les fils et de mettre un point final à ce chapitre. Après, je ne vous en reparlerai plus, promis ! Pour plus de détails, on peut se référer aux cinq blogues que j’ai publiés précédemment sous la rubrique «Mes ancrages».
Comme je l’ai déjà dit, j’ai entrepris cette rubrique pour bien démarquer combien ma conception des choses était différente des conceptions dépassées qu’entretiennent encore de nos jours les intégristes de tous acabits comme les islamistes défenseurs de la charia ou les Juifs ultra-orthodoxes qui prêchent la Torah ou les chrétiens attardés qui s’accrochent à leur Crédo et ne jurent que par une interprétation littérale de la Bible, ou tous les Raël de ce monde qui nous racontent des bobards pour se remplir les poches…pour ne mentionner que ceux-là.

En résumé, je crois que depuis que Galilée, Darwin et tous leurs successeurs nous ont ouvert les yeux sur la réalité des choses, ils ont opéré une véritable révolution culturelle et nous ont apporté l’immense bonheur de nous dégager des conceptions ancestrales dans lesquelles l’homme était figé depuis des siècles.
Sans prétendre que nous avons maintenant à portée de main La Vérité et que nous pouvons désormais débusquer tous les mystères de l’Univers et de notre présence dans cet Univers, nous pouvons à tout le moins écarter un sacré paquet d’idées toutes faites et lever de petits coins du voile sur ces innombrables, et bien souvent insondables, mystères de cet Univers dans lequel nous baignons.
Permettez-moi de résumer encore une fois les sujets qui ont fait l’objet de «Mes ancrages» (et qui reflètent du mieux que je peux ce que les scientifiques nous disent généralement aujourd’hui) :
- l’Univers est d’une immensité absolument inimaginable;

- la terre n’est pas le centre de l’Univers. Elle n’est qu’un tout petit astre qui pirouette, avec sept autres planètes, autour de son étoile, le soleil;

- le soleil et ses planètes font partie d’un immense troupeau (qu’on appelle galaxie) de quelques deux cents milliards d’étoiles. On appelle notre galaxie la «Voie lactée»;
- la Voie lactée est si immense que si nous pouvions voyager à la vitesse de la lumière (300 000 kilomètres à la seconde), il nous faudrait 90 000 ans pour la traverser de bout en bout;

- et ce n’est pas tout : l’Univers compte au-delà de cent milliards de galaxies, elles-mêmes constituées de centaines de milliards d’étoiles et de planètes;

- notre Univers serait né il y a un peu plus de 14 milliards d’années;

- cette naissance se serait faite lors de ce qu’on appelle le «Big Bang», une formidable explosion qui aurait donné naissance à la matière;

- la matière, qui à l’origine n’était qu’une vaste soupe informe de particules se débattant furieusement, se serait peu à peu organisée, après des millions d’années, pour créer des étoiles et des planètes;

- c’est ainsi qu’il y a 4,5 milliards d’années est né le soleil alors que la Terre, pour sa part, est vieille de 3,8 milliards d’années;

- la vie a commencé à se manifester discrètement sur la Terre il y a 3 milliards d’années sous forme de bactéries et d’êtres unicellulaires;

- la vie animale a surgi il y a environ 500 millions d’années;

- l’homme moderne, pour sa part, est vraiment un nouveau venu dans l’histoire de l’Univers : il est apparu il y a quelque 200 000 ans.

Ce sont là les fondements de ce que j’appelle mes ancrages. De ces fondements, je tire la conclusion que, avec le développement de son intelligence et de ses connaissances, l’homme est maintenant en mesure de comprendre:
-l’immensité de l’Univers dans lequel il est plongé et de prendre conscience des mystères insondables que recèle cet Univers;
- que l’homme est composé d’atomes forgés au cœur des étoiles, comme du reste toute la matière de l’Univers, et que son arbre généalogique ne remonte pas seulement aux primates mais qu’il est véritablement un descendant d’étoiles ;
- qu’il ne peut plus voir L’Univers comme on regarde les poissons rouges évoluant dans leur bocal mais qu’il est lui-même en train de nager dans ce bocal;
- que parmi les milliards d’autres planètes qui peuplent l’Univers, il y en a vraisemblablement d’autres habitées par des êtres intelligents ou peut-être même par des civilisations entières plus évoluées que la nôtre ;
- que l’homme est, comme tous les êtres et les choses qui peuplent l’Univers, en processus d’évolution et qu’il est appelé à disparaître comme toutes les choses et toutes les espèces;
- qu’il faut dès lors admettre que nous passons dans la vie comme de brefs éclairs qui disparaîtront à jamais et verront leurs atomes s’éparpiller dans l’Univers;
- que les religions sont des inventions humaines pour soulager l’angoisse de l’homme devant les mystères de l’Univers et sa propre disparition;
- que l’évolution permettra sans doute à l’homme de lever de plus en plus de voiles sur les mystères de l’Univers mais qu’il ne comprendra peut-être jamais le mystère de la naissance de l’Univers et de son apparition dans cet Univers;
- que d’imaginer qu’un Être suprême a tout déclenché n’est peut-être qu’une illusion;
- et, finalement, qu’il me paraît impossible de réconcilier l’immensité de l’Univers avec les conceptions lilliputiennes que nous proposent les religions. C’est une opération aussi futile que de tenter d’enfouir un milliard d’éléphants dans un dé à coudre.
Pour conclure, je dirai que je me sens extrêmement privilégié de vivre dans un moment de l’histoire de l’homme où celui-ci, grâce aux progrès de la science, a levé de nombreux voiles sur les mystères de son Univers.
Je clos ainsi cette rubrique intitulée «Mes ancrages» et, comme je l’ai promis, je ne reviendrai jamais plus sur le sujet de peur de vous lasser.
Le problème c’est que je ne tiens pas toujours mes promesses.







dimanche 1 novembre 2009

Mon rituel funéraire

Mes dernières volontés

Le jour où je partirai
et qu'il ne restera que ma carcasse
brûlez-la et recueillez les cendres

Mettez-les dans un sac d'épicerie
(en papier kraft, je n'aime pas le plastique)
et louez un salon de thé

Placez le sac sur un guéridon
au milieu du salon
et invitez mes amis
à venir danser autour

En buvant et se moquant de mes travers
en récitant des vers
et en bramant des chansons grivoises

Puis, rangez le sac dans l'armoire à débarras
et demandez à ma femme
si elle veut m'y rejoindre
lorsque son heure sera venue

Si elle veut bien,
quand viendra le temps
placez son sac à côté du mien
bien collés l'un sur l'autre

Alors, au printemps suivant,
versez les sacs l'un dans l'autre
sauf une pincée de nos cendres
que vous conserverez
dans deux petits pots séparés

Par un matin de grand soleil
apportez une pelle ronde
et recherchez un champ de pissenlits

Brassez le sac vigoureusement
pour bien mêler les cendres
puis versez-les dans la pelle

Et, d'un seul grand mouvement circulaire
projetez-les tout autour de vous

C'est ainsi que nous continuerons
à voir rouler les nuages
et scintiller les étoiles
tout en ventilant nos âmes

Mais ce n'est pas tout
au milieu des cendres ainsi répandues
creusez deux petits trous rapprochés

Versez dans chacun des petits pots
(ceux des pincées, vous vous souvenez,)
une graine, une seule
de coquelicot rouge pour moi
de marguerite blanche pour ma femme

Brassez un peu pour bien mêler
les graines aux cendres,
versez séparément
dans les deux petits trous
et recouvrez de terre

Puis arrosez un peu
une larme suffirait
à tenir lieu d'engrais

Telle que je connais ma femme
la marguerite en poussant
viendra se lover autour du coquelicot.

Et je signe, devant témoins,

Québec, le 1er novembre 2009

Jean Marcoux

vendredi 9 octobre 2009

Le grand quai de Portneuf

Vendredi, le 9 octobre

Mon bel amour,

Pour te faire oublier ces jours pluvieux qui nous barbouillent le cœur ces temps-ci, laisse-moi te rappeler qu’il existe encore des matins ensoleillés.

L’autre jour, de bon matin, je suis allé arpenter le grand quai de Portneuf qui s’étire sur près d’un kilomètre dans le fleuve. Si tu ne m’étais pas parue si confortablement enfouie dans ton sommeil, je t’aurais emmenée.

Le soleil était à peine levé. Un ciel pur, pas de vent. La marée était basse de sorte que les grandes herbes des battures étaient dégagées sur une bonne profondeur.

C'est d'abord un siffleux (que le dictionnaire tient à appeler marmotte) qui m'a accueilli. Il était immobile sur le bord du quai, aux aguets je crois bien, me regardant passer. Je lui ai lancé un "Salut siffleux, fait beau à matin hein?" comme ça, pour être aimable. Il ne m'a pas répondu. Pas même un petit signe de tête. Tout le monde dans le comté se dit bonjour en se croisant. Pas lui. Remarque bien que ça ne me fâche pas. À mon âge, on passe par-dessus ces petites choses-là. Puis, après tout, peut-être bien que les saluts aux étrangers ne font pas partie de la culture "siffleuse". Ou peut-être bien qu'il n'avait pas encore pris son petit déjeuner et que, comme beaucoup de bipèdes que je connais, il n'est pas causant à jeun.

Quoiqu'il en soit, j'ai continué mon chemin dans la bonne humeur. En examinant les battures, v’là t’y pas que j'aperçois au loin, parsemées ici et là, de bien étranges grosses fleurs, le cou cassé et plantées sur de solides tiges. Ça ressemblait à ces oiseaux du paradis qu'on achète chez les fleuristes, couleurs vives en moins car mes fleurs de battures étaient blanches. J'hésitais entre des fleurs et des bouts de branches lorsque l'une de ces fleurs s'est subitement "tirée en l'air" avec sa tige. Ma végétation aquatique s'était d'un coup transformée en de magnifiques grands hérons. Je savais bien qu'il y avait aux abords du quai une colonie de hérons. D'ailleurs, l'autre soir, tu t’en souviens, nous en avions comptés exactement vingt, juchés sur les grandes perches de la longue pêche à anguilles qui borde le quai. Mais je ne les avais jamais vus faisant la pêche au milieu des grandes herbes. Je ne les ai pas salués car ils étaient trop loin et, lorsqu'ils font la pêche, les hérons sont attentifs et silencieux. Il ne faut pas les déranger.
Tout ça c'était à la droite du quai mais, à la gauche, devine quoi. Sept ou huit belles outardes (dont le nom officiel est, comme tu sais, la bernache du Canada) qui se sont poliment dirigées vers moi pour me saluer silencieusement. Elles ne m'ont pas dit un mot toutefois car, bien élevées comme elles sont, elles ne parlent pas la bouche pleine. Et c'était, dans leur cas, l'heure du petit déjeuner. Elles ne cessaient pas de plonger dans l'eau la tête noire qu'elles portent au bout de leur long cou pour aller croquer des scirpes dans la vase des battures. Il faut dire que la rivière Portneuf rejoint le fleuve de ce côté gauche du quai et forme des petits étangs et des petits canaux qui permettent aux outardes, aux oies blanches et aux canards de naviguer joyeusement.
Les mouettes évidemment étaient au rendez-vous mais je ne saurais pas vraiment dire que leurs cris plaintifs visaient à me saluer car, comme tu le sais, ces dames causent beaucoup. Ce sont d'impénitentes bavardes.
Quelques petits oiseaux sont venus faire pirouettes et cabrioles sous mon nez en pépiant pour attirer l'attention et, savoir que tu ne me taxerais pas de prétentieux, je te dirais que je ne suis pas loin de croire qu'ils faisaient expressément pour moi ces exercices de sport extrême.
Les corneilles aussi (à qui je suis toujours prêt à pardonner de mettre souvent fin à mon sommeil matinal car elles me remplissent tellement le cœur de joie lorsqu'elles annoncent le printemps) étaient de la partie, ne se gênant pas pour entonner leur concert de trompettes nasillardes.

Les moments de silence étaient remplis par le grésillement incessant des grillons.

Mais il n'y en avait pas que pour les oreilles. Il y en avait aussi tout plein pour les yeux ce matin-là. De l'autre côté du fleuve, un peu sur la gauche, la pointe Platon qui s'étire frileusement un long pied dans l'eau. Plus loin sur la gauche, le cap Santé qui plonge fièrement dans le fleuve. À droite, c'est le cap de Deschambault, tout baigné de soleil, qui lui donne la réplique. Derrière, les arbres et les jolies petites maisons qui bordent le fleuve et, plus loin, le fin clocher de l'église de Portneuf qui perce le paysage.

Tout ceci dans l'air frais et pur d'un clair matin d’octobre. Si tu veux mon avis, ce pays ressemble sûrement beaucoup au pays d'Adam et Ève avant la pomme.

Tendresse

lundi 28 septembre 2009

L'avenir de l'être humain

Mes ancrages - Capsule No 5

Je vous rappelle que, dans ce que j’appelle «Mes ancrages», il s’agit d’une réflexion personnelle sur ce que je pense de ma place dans l’Univers. Je ne parle pas ex-cathedra. Je ne prétends pas détenir la vérité avec un grand V. Je ne lance pas un discours à la nation comme le font de temps en temps les présidents des USA. Je tente simplement de m’expliquer à moi-même (et, par le fait même, à ceux qui ont la patience de me lire) ce que je comprends de ma place dans cet Univers que j’habite. Je tente de définir mes vues par opposition à celles que peuvent entretenir, par exemple, les chrétiens, les islamistes et les juifs.
Dans les capsules précédentes, après une «Introduction à Mes ancrages»,j’ai exprimé mes vues dans les domaines suivants :
Capsule No1 : «Ma place dans l’Univers»
Capsule No 2 : «L’émergence de la vie»;
Capsule No 3 : «Les origines de l’homme»;
Capsule No 4 : «Qui donc a fabriqué l’Univers?»

Aujourd’hui, je vous dirai ce que je crois de l’avenir de l’être humain.

Disons d’abord que l’homme est «une espèce vivante» comme le sont les animaux et les plantes. Il est, selon toutes apparences, l’espèce la plus évoluée vivant sur la Terre. Il n’est pas immortel, ça on le sait. Mais il n’est pas éternel non plus si l’on se réfère au sort des autres espèces vivantes. On nous apprend que, chaque année, des milliers d’espèces disparaissent de la surface de la Terre. Celle-ci serait vieille de quatre milliards d’années et l’homme moderne (l’homo sapiens) n’aurait que 200 000 ans. C’est vraiment un nouveau venu sur la planète. Presqu‘un nouveau-né si on le compare, par exemple, aux dinosaures qui ont régné sur la terre durant 160 millions d’années. Il ne faut donc pas croire que l’espèce humaine est éternelle. D’autant plus que si l’on considère la façon dont l’homme malmène sa planète depuis quelque temps, il se pourrait bien qu’il soit lui-même l’artisan de sa propre disparition. L'astrophysicien Hubert Reeves, pour ne mentionner que lui, est très pessimiste à cet égard.

En supposant que l’homme arrive à conjurer le sort et à trouver le moyen d’harmoniser son rythme de vie à celui de sa planète, il arrivera quand même un jour où celle-ci disparaîtra à son tour car son étoile, le Soleil, qui lui apporte lumière et vie, finira par s’éteindre. Les scientifiques nous disent qu’il est à la mi-temps de sa vie de dix milliards d’années. Ce n’est quand même pas demain la veille et il n’est pas urgent de faire nos valises pour migrer sur une autre planète.

Supposons donc que d’ici le grand déménagement ou, du moins que pour quelques dizaines ou centaines de milliers d’années, l’homme parvienne à survivre. Que lui arrivera-t-il? Je m’aventure ici dans le rôle de conseiller en carrière.

Il est bien difficile aujourd’hui de nier la théorie de l’évolution. Les paléontologues s’accordent à dire que, à travers toutes les phases de l’évolution de l’homme, le cerveau de celui-ci a pris de l’ampleur, que l’homme est devenu de plus en plus intelligent. Je crois que l’homme est sur une pente ascendante, que les capacités de son cerveau continuent de s’amplifier. Arrivera-t-il pour autant à vivre en harmonie avec la nature? Ça, je le présume car, comme je le disais plus haut, il risquerait de ne pas survivre s’il n’atteint pas cette harmonie.

Mais qu’en est-il de ses «qualités de cœur»? Est-il, là aussi, sur une pente ascendante? Est-il meilleur aujourd’hui qu’il ne l’était auparavant? Est-il plus compatissant à la misère de son voisin? Est-il plus prêt à lui porter secours? Est-il moins barbare, moins cruel? Les châtiments modernes sont-ils moins pires que l’écartèlement, la fosse aux lions ou le supplice de la roue?
Évidemment, si on s’en rapporte à l’holocauste des camps de concentration nazis, aux actes de terrorisme qui sont aujourd’hui monnaie courante et à la torture que l’on continue encore à pratiquer dans de nombreux coins de la planète, pour ne citer que ces exemples, on en conclura vite que, côté cœur, l’homme contemporain a le cœur aussi noir que ses ancêtres.
Mais j’aime entretenir l’illusion que, côté bonté, le caractère de l’homme est en progression. Je pense, un peu naïvement sans doute, que les peuples prennent de plus en plus conscience qu’ils ont intérêt à vivre en paix et ce, pour leur plus grand bien. N’est-ce pas de cette façon qu’est née, en 1919, La Société des Nations à laquelle a succédé l’ONU? Ce mouvement de réconciliation humanitaire n’a-t-il pas lui-même présidé à la naissance de tous ces organismes internationaux d’entraide, les ONG, que l’on retrouve partout sur la planète aujourd’hui? N’est-il pas permis de voir là une progression de l’intelligence de l’homme qui le conduit à une plus grande conscience que c’est dans l’harmonie avec les autres que réside son propre bonheur?
Évidemment, on ne peut passer sous silence les multiples dérapages que l’ONU n’a pas su ou voulu prévenir comme la guerre du Kosovo, le génocide du Rwanda ou la guerre d’Iraq. Mais, dans l’ensemble, l’ONU, les ONG, les multiples organismes internationaux comme, par exemple, l’UNESCO, ne sont-ils pas des indices que le cœur de l’homme prend lentement le pas sur l’égoïsme?
En d’autres mots, je suis enclin à croire que les qualités de cœur ont généralement tendance à suivre l’évolution de l’intelligence. Que, avec le temps, l’homme deviendra meilleur parce que plus intelligent.
Heureusement que je ne tiens pas un courrier des lecteurs car je devrais affronter une cohorte de contestataires, prêts à me contredire, preuves à l’appui.

lundi 21 septembre 2009

La création de l'homme vue de Cap-aux-Oies

Permettez d’abord que je vous rappelle ce que je vous disais le 8 juillet dernier en préambule à La création du monde vue de Cap-aux-Oies :

«Vous connaissez comme moi toutes ces théories sur l'évolution n'est-ce pas? Les éléments inertes qui, après quelques millions d'années d'hésitations donnent naissance à des êtres vivants unicellulaires qui s'agglutinent dans les mers pour produire lentement des bêtes plus ou moins hideuses. Puis, celles-ci, avec le temps, se hissent péniblement sur la terre pour se transformer en une multitude d'autres bêtes dont l'une finit par se tenir constamment sur ses pattes de derrière pour devenir un "homo erectus" plus ou moins abruti qu'on a baptisé tour à tour de noms affectueux comme Pithécanthrope, Australopithèque, homme de Neandertal, homme de Cro-Magnon, et je ne sais quoi encore».

Vous vous rappelez aussi sûrement comment, de son côté, mon grand-père de Cap-aux-Oies faisait fi de toutes ces théories sur l’évolution et, un bon matin, m’a expliqué, avec moult détails, comment s’étaient vraiment passées les choses : un Bon Dieu qui se retrousse les manches pour se lancer dans une corvée de tous les diables pour créer les astres et semer la vie sur la terre : plantes aussi bien qu’animaux. Vous vous souvenez, n’est-ce pas, de son langage imagé pour me décrire ces premiers épisodes de la création.

Juste au moment où il s’apprêtait à m’expliquer la création de l’homme, son récit a été interrompu par ma grand-mère qui nous appelait pour le diner. Je vous avais donc promis de poursuivre un autre jour les merveilleuses vues de mon grand-père sur la création de l’homme. Eh bien, voila.

Le lendemain matin donc, mon grand-père m’a dit qu’après avoir créé cet immense univers et tous ses animaux, le Bon Dieu a commencé à s’ennuyer. Il lui est alors venu à l’idée de planter dans le décor un petit bonhomme à sa ressemblance.

«Ce qu'il faut bien savoir, mon petit gars, m’a-t-il dit, c'est que dans toutes les choses des premiers jours de Sa création, le bon Dieu a mis un instinct. Dans les arbres Il a mis l'instinct de pousser, dans les roches Il a mis l'instinct de tomber, dans les oiseaux Il a mis l'instinct de voler, dans les renards Il a mis l'instinct de courir après les lièvres. Pas besoin de réfléchir, pas même besoin de penser du tout, c'est l'instinct qui fait que les choses se font toutes seules. Si tu connais bien l'instinct de la chose ou de la bête, bien tu sais d'avance ce qui va arriver. Et quand c'est Toi le bon Dieu qui a mis l'instinct dans les choses, bien il n'y a plus de surprises. Tu sais toujours tout d'avance.

«Ça fait que Lui Qui s'était lancé dans les grands travaux de la création avec l'idée de Se servir de Ses créatures pour S'amuser un peu, Il a commencé à tourner en rond. On était à l'aube du sixième jour de la création et, il faut bien le dire, ce jour-là Dieu s'ennuyait.

«Il lui est alors venu à l’idée de planter dans le décor un petit bonhomme à sa ressemblance.

«Alors, Il a fait venir Son Garçon Jésus et Lui a demandé s'Il avait des suggestions. Des fois, les jeunes, ça a des bonnes idées. Surtout que Celui-là, Jésus, c'était vraiment un brillant, tu sais. Mais tout ce que Jésus a trouvé à proposer pour désennuyer son Père ce sont des problèmes de mathématiques vraiment faits pour des «superbols». Le Père ça sert à rien, Il était pas doué pour les mathématiques. Tu me diras que pour faire marcher le soleil, la lune et les étoiles, il faut beaucoup de mathématiques, mais le Père, Lui, Il s'était contenté de les créer puis Il s'était aussitôt viré de bord pour confier à Son Garçon le soin de faire tourner tout ça.

«Il en a aussi parlé au Saint-Esprit. Celui-là non plus Il n'était pas manchot, je t'en passe un papier. Mais le Saint-Esprit, comment te dire, c'était un peu comme le beau-­frère de Dieu le Père. Et les beaux-frères, tu sais comment c'est, hein? C'est un peu frondeur, avant-gardiste, aventurier, bref c'est pas toujours bien vu dans la famille. D'ailleurs quand la Vierge Marie est entrée plus tard dans la famille, elle L'a toujours regardé d'un air soupçonneux, Celui-là. Une femme ça a de l'intuition. Elle Le soupçonnait de quelque chose mais sans trop savoir de quoi. Toujours est-­il que le Saint-Esprit a lancé comme ça à Dieu le Père "T'as pas pensé à mettre un peu de piquant dans tes créatures? A leur donner un peu de "lousse", à arrêter de toujours tout décider à leur place? Laisse-leur se casser la gueule un peu. Fais-en des hommes."

"Tu y penses pas" que lui répond Dieu le Père scandalisé par cette idée, "le temps de le dire, ils vont me mettre sur la terre un bordel de tous les diables." (Comme on le voit, le Bon Dieu a de ces expressions qu'on ne s'attendrait pas à retrouver dans Sa bouche. Surtout avec Son éducation).

«Quand même la suggestion du Saint-Esprit a tranquillement fait son petit bonhomme de chemin dans la tête de Dieu le Père Qui trouvait bien séduisante l'idée de laisser Ses créatures prendre elles-mêmes leurs décisions. Puis pour ne pas trop prendre de risques, on pourrait limiter ça à une ou deux créatures. Comment a-t-il(*) dit ça déjà le beau-frère? "Fais-en des zommes ou des zums" quelque chose comme ça, hein? Quel mot bizarre! Si jamais je (**) me décide à créer des petites créatures de même, je les appellerai comme ça, tiens.

«Alors Dieu le Père fait revenir Son Garçon et le Saint-­Esprit: "D'accord, qu'Il Leur dit, je vais vous fignoler une petite créature de mon cru comme vous n'en avez jamais vue. Une petite chose absolument autonome et donc imprévisible. J'ai comme l'impression que ça va être fou à lier et que ça va
nous faire rigoler jusqu'à la fin des temps. Pour un bout de temps, on va laisser ça en bas sur la terre, juste pour voir de quoi ça a l'air. Puis, si c'est vraiment amusant comme je pense, on la fera monter ici en haut, à côté de nous pour continuer à s'amuser. Mais il y a un problème: pas plus de tête que ça, une petite créature de même ça nous écoutera pas, ça va faire plein de bêtises, ça va vite se faire mettre la main au collet par le diable et ça ne sera plus récupérable. On pourra jamais faire venir ça ici sans perdre complètement la face devant les anges et les archanges. Je ne sais pas trop comment régler ce problème-­là."

«Jésus, Qui était un beau grand châtain au front bombé d'idéal, Se met à Se frotter la barbe pensivement puis, tout-à-coup, Il lève Ses beaux grands yeux clairs vers Son Père et Lui lance "Je vais aller te les récupérer, moi, tes petites bêtes!" Le Père en reste bouche bée. Tout ce qu'Il trouve à dire c'est: "Ça sera pas des bêtes, ça sera des zommes." Le Saint-Esprit ferme les yeux dans un geste d'exaspération et reprend "Pas des zommes, des HOMMES, avec un "h" muet." (Le Saint-Esprit, Il en aurait déclassé plusieurs au concours de Bernard Pivot). Mais Dieu le Père L'écoute à peine et reprend:

- Mais comment tu ferais ça, toi, mon garçon?

(*) Le lecteur aura noté que les membres de la Sainte Trinité Se tutoient et que, lorsqu'Ils parlent l'Un de l'Autre, Ils n'emploient pas la lettre majuscule. Comme Ils sont égaux entre Eux, Ils n'ont évidemment pas besoin de ces signes de respect. Ils n'emploient pas la majuscule non plus lorsqu'Ils parlent d'Eux-mêmes car Ils ont toujours dit que ça faisait pédant. De plus, quand l'Un d'entre Eux parle de Lui-même, Il ne dit jamais "Nous" comme l'ont fait beaucoup de rois et le font encore de nos jours certains ministres.
(**) Vous voyez, je vous l'avais bien dit, pas de majuscules lorsqu'Ils parlent d'Eux-mêmes. Quelle leçon de simplicité, n'est-ce pas?


- Bien, je me déguiserais comme l'un d'eux et je descendrais les remettre sur la bonne voie... puis, tiens, tant qu'à faire, pour être bien sûr qu'ils me prendraient pour l'un d'entre eux, je passerais par le ventre d'une de ces créatures-là, comme la plupart des petits de tes autres créatures.

- Ma foi du bondieu, t'en as des idées, toi mon garçon. Puis, comme se parlant à Lui-même, le Père continue:

- C'est vrai que pour ce qui est de fabriquer une créature porteuse de bébés, ça serait pas un gros problème: j'aurais rien qu'à mettre à l'homme une côte de plus.

«Jésus et le Saint-Esprit ne comprennent pas grand chose aux recettes du Vieux et ne savent pas trop ce que la côte vient faire là-dedans mais Ils Lui font confiance, Ils savent qu'Il a plein de tours dans Son sac à magie. Pourtant, on voit que quelque chose Le turlupine.

- Mais qui c'est qui irait mettre la semence dans la créature?

- Je pourrais m'occuper de ça, moi, dit l'Esprit.

- Bon, alors c'est entendu: moi, je fabrique la créature, et je lui donne une compagne. Toi, l'esprit, tu t'occupes de la semence et toi, fiston, tu iras me récupérer la créature le jour venu. On s'entend comme ça?

- D'accord.

"Et c'est comme ça, mon petit gars, que le premier homme est apparu sur la terre", a conclu mon grand-père en tapant sa pipe sur le bord du crachoir posé bien à plat sur la galerie de Cap-aux-Oies.

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Vous ne croyez pas un mot de la version de mon grand-père, dites-vous?... Bon, libre à vous.

...Se pourrait-il que, dans votre cas, vous soyez vraiment, comme moi, un descendant d'Australopithèque ou, au mieux, de l’homme de Cro-Magnon?



mardi 15 septembre 2009

Moi, un vieillard...jamais!

mercredi 9 septembre 2009

Je suis un vieillard. Du moins, c'est ce que disent certaines personnes malveillantes. Moi, je ne le crois pas car, dans mon calendrier, ce n'est pas avant quatre-vingt-dix-neuf ans qu'on est un vieillard. Et encore. Je dirais que ça dépend de l'environnement.Mais, depuis qu'un soir de rhumatisme et d'égarement, j'ai fait cet aveu irréfléchi, j'ai une jeune vieille amie qui ne cesse de me le remettre sur le nez. On dirait bien qu'elle s'en réjouit.Ce n'est pas parce qu'on a une épaule en compote, des pieds qui enflent, une hanche qui tiraille, une peau qui fendille, des pustules qui nous poussent sur le corps, une mémoire qui s'en va à la dérive et un squelette qui craque de partout, qu'on est un vieillard. Ce ne sont là que des broutilles et je peux vous assurer que, dans l’ensemble, je suis en bonne santé. Je crois même que je mourrai en bonne santé même si je sais bien que je ne survivrai pas à ma mort. La mort, paraît-il, c’est fatal. Bon, tant pis. En attendant, je vieillis. Ça aussi c’est fatal car, comme le dit l’adage : il n’y a qu’une façon de ne pas mourir jeune et c’est de vieillir.Pour l’instant, je ne me sens tellement pas vieux que je fais encore régulièrement du ski en me lançant sur des pentes vertigineuses, que je fais du tennis et écrase mes adversaires de smashes foudroyants et que je tire régulièrement ma balle de golf à deux cent soixante verges. Et, le meilleur, c'est qu'après ces exploits sportifs nocturnes, je m'éveille le matin pas fatigué du tout.Il faut dire que ma jeunesse qui se prolonge tient beaucoup à ce que j'ai épousé une jeune femme. Dans la vingtaine, je vous jure. Lorsque je l'ai épousée en 1957. Vous auriez dû voir cette resplendissante mariée, ce matin du 14 septembre. Tiens, si vous passez à la maison, je vous montrerai cette photo d'elle en train de signer le registre des mariages. Une beauté de femme. Un peu inconsciente, je vous le concède, car elle ne savait pas que, cinquante ans plus tard, elle aurait un vieux sur les bras. Mais elle aussi a vieilli, me direz-vous. Détrompez-vous, pas du tout. Toujours la même vivacité de corps et d'esprit, le même grand sourire, les mêmes vives réparties qui m'ont conquis dans le temps.Il faut ajouter que, pour rester jeunes tous deux, nous nous sommes fait une belle amie. Une jeune femme dans la quatrevingtaine. La fleur de l'âge. Folle juste ce qu'il faut. À cet âge là, c'est normal. Tiens, pas plus tard qu'hier, elle disait se mettre en route pour nulle part et que son génie baissait avec le soleil. Nous ne nous en faisons pas avec ça. C'est la crise de l'adolescence avec quelques décennies de retard. Elle disait même qu'elle était la nounoune du diable. Ça, j'ai pas de peine à le croire.Alors, entouré comme je suis, je ne suis pas près d'être un vieillard. J'ai encore une bonne soixantaine d'années devant moi. Mourir dans les cent trente ans, ça m'irait. Faut pas trop en demander à la vie et savoir se retirer en pleine gloire. Même si je sais que ces deux-là me regretteront bien un peu.Je ne serais pas surpris qu'elles viennent me racoler au paradis. Bon, je m'en accommoderai. Pourvu qu'elles ne me fassent pas honte devant l'Éternel.