Plongée au coeur de la matière
Le 23 juillet, nous avons vu que la matière est constituée d’atomes qui sont les pièces d’un immense meccano que l’on peut combiner de diverses façons pour fabriquer tantôt une maison, tantôt un cheval et tantôt nous-mêmes. Nous avons aussi vu que l’atome comporte un noyau composé de protons et de neutrons et autour duquel tournoient des électrons. Dès lors, nous nous sommes demandé si nous étions enfin arrivés à l’ultime réalité des choses, aux plus petites particules imaginables.
Eh bien, non : protons et neutrons sont eux-mêmes composés de quarks ! Ici, nous voilà parvenus dans le très, très petit. Ne pourrait-on pas en rester là ?
Les physiciens sont des gens extrêmement curieux et fouineurs, vous savez. Comme tous les scientifiques du reste. Alors ils ont «patenté» un immense machin pour gratter encore plus creux dans le cœur de la matière. Ils ont installé leur nouveau jouet dans un tunnel de 27 kilomètres de circonférence logé à 100 mètres sous terre et chevauchant la frontière entre la France et la Suisse. Il s’agit d’un collisionneur de particules baptisé le LHC (Large Hadron Collider).
Ils ont entrepris de projeter dans ce collisionneur des protons qu’ils accéléreront graduellement jusqu’à des vitesses proches de celle de la lumière (on se souvient que la lumière circule à 300 000km par seconde). Leur but est de faire entrer en collision ces petites particules pour les faire éclater et, possiblement, faire ainsi surgir des particules encore plus petites et totalement inconnues.
Ils espèrent du même coup éclaircir d’autres mystères, particulièrement recréer des conditions semblables à celles qui prévalaient au moment du Big Bang et découvrir la nature de la matière noire (qui, avec l’énergie noire, compte pour 96% du contenu de l’univers dont nous ignorons totalement la nature). Ce ne seraient pas de minces coups d’éclat.
Pour des images de ce nouveau jouet, il suffit de se rendre sur Internet et de «pitonner» le mot LHC.
Les résultats qu’on obtiendra du LHC, si extraordinaires puissent-ils être, constitueront-ils le fin du fin des mystères de notre Univers ? Rien n’est aussi peu sûr car les scientifiques nous disent que plus on creuse dans le cœur de notre Univers, plus le mystère s’épaissit.
En avant-goût de notre prochaine capsule, rappelons les mots de l’astrophysicien James Jean qui disait que notre Univers ressemble plus parfois à une grande pensée qu’à une grande machine.
dimanche 22 août 2010
mercredi 11 août 2010
Dites-moi
Dites-moi pourquoi l’on vit, dites-moi pourquoi l’on meurt…
Pourquoi ce jeune homme qui, dans un frisson d’effroi, sent la folie s’emparer de son esprit ?
Pourquoi cette jeune femme qui crie sa révolte devant une mort inéluctable alors que la vie s’ouvrait toute grande devant elle ?
Pourquoi ce vieux prêtre doit-il encore prêcher des choses et poser des gestes auxquels il ne croit plus car il ne sait rien faire d’autre ?
Pourquoi cette mère soudanaise amaigrie, au sein aussi sec que ses yeux, voit-elle son enfant mourir de faim dans ses bras ?
Pourquoi cet itinérant allongé dans un lit de misère se demande-t-il encore s’il trouvera un jour une raison de vivre ?
Pourquoi cette mère guépard regarde-t-elle de loin en geignant le tigre qui dévore ses petits ?
Pourquoi ce soldat doit-il faire feu sur d’autres hommes qui, peut-être comme lui, ont des bambins qui les attendent à la maison ?
Pourquoi des embarcations de fortune sombrent-elles en mer entraînant dans la mort des réfugiés aux yeux pleins d’espoir ?
Pourquoi ce vieux lion épuisé s’effondre-t-il dans la savane tandis qu’une meute d’hyènes affamées s’avance prudemment ?
Pourquoi ce malheureux passe-t-il de longues années en prison pour une stupide bêtise ?
Pourquoi ces enfants soldats sont-ils entraînés à tuer ?
Pourquoi ces hommes, tels des chiens enragés, torturent-ils d’autres hommes ou lapident des femmes ?
Et la solitude, hein, la solitude ! Qu’en faites-vous de la solitude ? Sans une visite du fils bien-aimé, sans une lettre à la poste, sans même un téléphone depuis un mois. Et cette vieille femme qui se désespère et se meurt d’ennui ?
Pourquoi faut-il vivre des vies de misère pour ensuite mourir ?
Pourquoi, allez-vous enfin me dire pourquoi ?
......
Eh bien, peut-être parce que…
Il y a cette mère qui serre sur son sein l’enfant qui vient de naître ?
Et cette vielle dame qui voit naître en elle un amour comme elle n’en avait jamais espéré ?
Ou les notes enflammées de la symphonie qui jaillit dans la tête de ce compositeur de génie ?
Ou le flamboiement de l’étoile qui surgit, éblouissante et inattendue, d’un nuage de gaz et de poussière ?
Ou ce vieux cultivateur qui, le soir venu, regarde la nouvelle moisson jaillir de sa terre?
Ou ce jeune père qui voit sa petite courir se jeter dans ses bras en poussant des cris de joie ?
Ou ce coureur qui lève un bras victorieux en franchissant la ligne d’arrivée du cent mètres ?
Ou cet astronome qui, malgré sa science, s’émerveille encore devant une nuit étoilée ?
Ou cette jeune fille éperdue d’amour qui danse sous la pluie ?
Ou cet anthropologue qui jubile comme un enfant devant les os d’un dinosaure qu’il vient de déterrer ?
Ou cette énorme baleine qui s’élance au-dessus des flots dans une explosion de joie ?
Ou cet homme qui, dans le silence du crépuscule, sent une immense paix descendre en lui ?
Ou cet enfant qui sanglote dans les bras de sa mère qu’il croyait à jamais disparue ?
......
Sont-ce là, croyez-vous, des réponses à vos questions ?
Ou peut-être en fin de compte, faut-il simplement accepter sa vie comme un immense cadeau même s’il s’y dissimule parfois des vipères et même si elle n’est qu’un bref scintillement qui prendra bientôt fin en emportant avec elle ses mystères insondables ?
Pourquoi ce jeune homme qui, dans un frisson d’effroi, sent la folie s’emparer de son esprit ?
Pourquoi cette jeune femme qui crie sa révolte devant une mort inéluctable alors que la vie s’ouvrait toute grande devant elle ?
Pourquoi ce vieux prêtre doit-il encore prêcher des choses et poser des gestes auxquels il ne croit plus car il ne sait rien faire d’autre ?
Pourquoi cette mère soudanaise amaigrie, au sein aussi sec que ses yeux, voit-elle son enfant mourir de faim dans ses bras ?
Pourquoi cet itinérant allongé dans un lit de misère se demande-t-il encore s’il trouvera un jour une raison de vivre ?
Pourquoi cette mère guépard regarde-t-elle de loin en geignant le tigre qui dévore ses petits ?
Pourquoi ce soldat doit-il faire feu sur d’autres hommes qui, peut-être comme lui, ont des bambins qui les attendent à la maison ?
Pourquoi des embarcations de fortune sombrent-elles en mer entraînant dans la mort des réfugiés aux yeux pleins d’espoir ?
Pourquoi ce vieux lion épuisé s’effondre-t-il dans la savane tandis qu’une meute d’hyènes affamées s’avance prudemment ?
Pourquoi ce malheureux passe-t-il de longues années en prison pour une stupide bêtise ?
Pourquoi ces enfants soldats sont-ils entraînés à tuer ?
Pourquoi ces hommes, tels des chiens enragés, torturent-ils d’autres hommes ou lapident des femmes ?
Et la solitude, hein, la solitude ! Qu’en faites-vous de la solitude ? Sans une visite du fils bien-aimé, sans une lettre à la poste, sans même un téléphone depuis un mois. Et cette vieille femme qui se désespère et se meurt d’ennui ?
Pourquoi faut-il vivre des vies de misère pour ensuite mourir ?
Pourquoi, allez-vous enfin me dire pourquoi ?
......
Eh bien, peut-être parce que…
Il y a cette mère qui serre sur son sein l’enfant qui vient de naître ?
Et cette vielle dame qui voit naître en elle un amour comme elle n’en avait jamais espéré ?
Ou les notes enflammées de la symphonie qui jaillit dans la tête de ce compositeur de génie ?
Ou le flamboiement de l’étoile qui surgit, éblouissante et inattendue, d’un nuage de gaz et de poussière ?
Ou ce vieux cultivateur qui, le soir venu, regarde la nouvelle moisson jaillir de sa terre?
Ou ce jeune père qui voit sa petite courir se jeter dans ses bras en poussant des cris de joie ?
Ou ce coureur qui lève un bras victorieux en franchissant la ligne d’arrivée du cent mètres ?
Ou cet astronome qui, malgré sa science, s’émerveille encore devant une nuit étoilée ?
Ou cette jeune fille éperdue d’amour qui danse sous la pluie ?
Ou cet anthropologue qui jubile comme un enfant devant les os d’un dinosaure qu’il vient de déterrer ?
Ou cette énorme baleine qui s’élance au-dessus des flots dans une explosion de joie ?
Ou cet homme qui, dans le silence du crépuscule, sent une immense paix descendre en lui ?
Ou cet enfant qui sanglote dans les bras de sa mère qu’il croyait à jamais disparue ?
......
Sont-ce là, croyez-vous, des réponses à vos questions ?
Ou peut-être en fin de compte, faut-il simplement accepter sa vie comme un immense cadeau même s’il s’y dissimule parfois des vipères et même si elle n’est qu’un bref scintillement qui prendra bientôt fin en emportant avec elle ses mystères insondables ?
samedi 31 juillet 2010
Le visiteur nocturne
L’autre nuit, Dieu est venu me rendre visite. Pour une petite jasette. Il fait ça de temps en temps. On dirait que depuis que je suis plus vieux, Il me fait davantage confiance. Déjà que nous portons la barbe tous les deux. Mine de rien ça rapproche ces choses-là, vous savez. Même qu’Il me tutoie. Ce que je ne fais évidemment pas malgré la familiarité établie entre nous.
Mais, cette nuit-là, Il était rouge de colère. Il avait lu mon blogue et toutes ces faussetés que je répands sur Son compte et sur les religions. Il m’a traité de tous les mots, m’a conseillé de relire la Bible et m’a même menacé d’une fatwa pour bien me faire sentir qu’Il était le Dieu de tous les hommes. Mais Il a scruté mon cerveau et a bien vu que c’était dans les écrits d’Hubert Reeves, de Trinh Xuan Thuan, de Spinoza, de Stephen Hawking, d’Einstein, de ce mauvais plaisantin de Pierre Yves Morvan et même de Pierre Teilhard de Chardin et d’un tas d’autres savants que j’avais puisé toutes mes déviations.
À ce point de Ses vitupérations, j’ai penché la tête et n’ai pas pu empêcher une larme de couler sur mes joues.
Alors, Il a arrêté tout net de parler et Sa colère est tombée. Le Bon Dieu est miséricordieux, ça on le sait. Mais j’ai senti que Son alternance de colère et de miséricorde avait des racines plus profondes.
J’ai relevé la tête et constaté qu’Il affichait soudain une mine sombre. Respectueusement, j’ai levé vers Lui un sourcil interrogateur. Il a mis un moment à me répondre.
«Écoute, m’a-t-Il dit, J’ai lu ce que tu appelles tes ancrages.
J’ai rentré la tête dans les épaules, m’attendant à une autre bordée d’injures et de menaces.
«Non, non, m’a-t-Il dit, ne crains rien. C’est que je cherche les miens, mes propres ancrages je veux dire.* Quand je regarde tout ce que les hommes disent ou écrivent de moi, ça devient très mélangeant, tu sais. Tantôt, je suis un personnage tout-puissant qui règne sur les cieux et sur la terre, tantôt un être de bonté qui ne permet pas qu’un seul cheveu tombe de la tête des hommes sans que je ne le permette,** tantôt un Dieu vengeur comme celui de Sodome et Gomorrhe, tantôt un tyran comme celui qui a chassé Adam et Ève du paradis pour une peccadille, tantôt un père impitoyable qui envoie son fils à la crucifixion, tantôt un dieu éthéré dont on dit «qu’il est celui qui est», tantôt… enfin je ne m’y retrouve plus, moi. Certains vont même jusqu’à dire que je suis un Dieu immanent, un Dieu intriqué dans la nature, que le cosmos et moi ne faisons qu’un. Freud m’a dit - eh bien oui, il est dans mon paradis malgré tout, ce crétin - alors il m’a dit que j’étais atteint du syndrome de personnalités multiples. Et maintenant, avec cette histoire de Dieu immanent, voilà que je ne suis même plus une personne. Je n’aurais pas plusieurs personnalités, je n’en aurais même plus une seule. C’est très difficile d’être Dieu tu sais», a-t-Il terminé, l’air déprimé.
Qu’est-ce que je pouvais répondre à ça, hein? Je ne pouvais quand même pas lui conseiller de consulter un autre psychologue ou Saint Augustin ou Thomas d’Aquin ou quelque autre sommité assise là-haut à ses côtés. Ça l’aurait sans doute mélangé encore plus.
Alors, je n’ai rien dit du tout et, après un long moment de silence, Il m’a mis sur l’épaule une main compatissante puis Il s’est penché vers moi et, après avoir regardé à gauche et à droite pour être bien sûr qu’on ne L’entendait pas, Il m’a murmuré à l’oreille : «Écoute, j’ai lu moi aussi ces écrits impies dont tu parles dans ton blogue. J’ai même lu cette récente publication «Heureux sans Dieu» et, depuis, je n’en dors plus parce que je ne sais plus si j’existe vraiment».
Sur ces mots de consolation, il m’a fait un clin d’œil et m’a donné une bourrade affectueuse. Puis il s’est retourné et est parti.
Je suis sûr que vous conviendrez maintenant avec moi que le Bon Dieu est vraiment un bon diable.
* Le lecteur aura remarqué que j’emploie la majuscule lorsque je parle de Dieu. Mais, de Son côté, Il n’emploie pas la majuscule lorsqu’Il parle de Lui-même. Les conversations avec Dieu requièrent énormément de subtilités.
** À ce point, j’ai failli dire qu’Il avait manqué le génocide du Rwanda où les cheveux restaient sur les têtes mais que, par contre, c’étaient les têtes qui tombaient.
Mais, cette nuit-là, Il était rouge de colère. Il avait lu mon blogue et toutes ces faussetés que je répands sur Son compte et sur les religions. Il m’a traité de tous les mots, m’a conseillé de relire la Bible et m’a même menacé d’une fatwa pour bien me faire sentir qu’Il était le Dieu de tous les hommes. Mais Il a scruté mon cerveau et a bien vu que c’était dans les écrits d’Hubert Reeves, de Trinh Xuan Thuan, de Spinoza, de Stephen Hawking, d’Einstein, de ce mauvais plaisantin de Pierre Yves Morvan et même de Pierre Teilhard de Chardin et d’un tas d’autres savants que j’avais puisé toutes mes déviations.
À ce point de Ses vitupérations, j’ai penché la tête et n’ai pas pu empêcher une larme de couler sur mes joues.
Alors, Il a arrêté tout net de parler et Sa colère est tombée. Le Bon Dieu est miséricordieux, ça on le sait. Mais j’ai senti que Son alternance de colère et de miséricorde avait des racines plus profondes.
J’ai relevé la tête et constaté qu’Il affichait soudain une mine sombre. Respectueusement, j’ai levé vers Lui un sourcil interrogateur. Il a mis un moment à me répondre.
«Écoute, m’a-t-Il dit, J’ai lu ce que tu appelles tes ancrages.
J’ai rentré la tête dans les épaules, m’attendant à une autre bordée d’injures et de menaces.
«Non, non, m’a-t-Il dit, ne crains rien. C’est que je cherche les miens, mes propres ancrages je veux dire.* Quand je regarde tout ce que les hommes disent ou écrivent de moi, ça devient très mélangeant, tu sais. Tantôt, je suis un personnage tout-puissant qui règne sur les cieux et sur la terre, tantôt un être de bonté qui ne permet pas qu’un seul cheveu tombe de la tête des hommes sans que je ne le permette,** tantôt un Dieu vengeur comme celui de Sodome et Gomorrhe, tantôt un tyran comme celui qui a chassé Adam et Ève du paradis pour une peccadille, tantôt un père impitoyable qui envoie son fils à la crucifixion, tantôt un dieu éthéré dont on dit «qu’il est celui qui est», tantôt… enfin je ne m’y retrouve plus, moi. Certains vont même jusqu’à dire que je suis un Dieu immanent, un Dieu intriqué dans la nature, que le cosmos et moi ne faisons qu’un. Freud m’a dit - eh bien oui, il est dans mon paradis malgré tout, ce crétin - alors il m’a dit que j’étais atteint du syndrome de personnalités multiples. Et maintenant, avec cette histoire de Dieu immanent, voilà que je ne suis même plus une personne. Je n’aurais pas plusieurs personnalités, je n’en aurais même plus une seule. C’est très difficile d’être Dieu tu sais», a-t-Il terminé, l’air déprimé.
Qu’est-ce que je pouvais répondre à ça, hein? Je ne pouvais quand même pas lui conseiller de consulter un autre psychologue ou Saint Augustin ou Thomas d’Aquin ou quelque autre sommité assise là-haut à ses côtés. Ça l’aurait sans doute mélangé encore plus.
Alors, je n’ai rien dit du tout et, après un long moment de silence, Il m’a mis sur l’épaule une main compatissante puis Il s’est penché vers moi et, après avoir regardé à gauche et à droite pour être bien sûr qu’on ne L’entendait pas, Il m’a murmuré à l’oreille : «Écoute, j’ai lu moi aussi ces écrits impies dont tu parles dans ton blogue. J’ai même lu cette récente publication «Heureux sans Dieu» et, depuis, je n’en dors plus parce que je ne sais plus si j’existe vraiment».
Sur ces mots de consolation, il m’a fait un clin d’œil et m’a donné une bourrade affectueuse. Puis il s’est retourné et est parti.
Je suis sûr que vous conviendrez maintenant avec moi que le Bon Dieu est vraiment un bon diable.
* Le lecteur aura remarqué que j’emploie la majuscule lorsque je parle de Dieu. Mais, de Son côté, Il n’emploie pas la majuscule lorsqu’Il parle de Lui-même. Les conversations avec Dieu requièrent énormément de subtilités.
** À ce point, j’ai failli dire qu’Il avait manqué le génocide du Rwanda où les cheveux restaient sur les têtes mais que, par contre, c’étaient les têtes qui tombaient.
vendredi 23 juillet 2010
Capsule de physique No1
De quoi est faite la matière?
La première question que j’aborderai est donc la matière : de quoi est faite la matière ? Tu parles d’une question, me direz-vous, la matière est la matière, ne cherchons pas midi à quatorze heures !
Bon, reprenons la question autrement :
-De quoi est faite la table sur laquelle est posé votre ordinateur ?
-De bois, dites-vous ?
-Très bien.
-Et de quelle sorte de bois ?
-De pin.
-Parfait. Nous savons donc que votre table a été fabriquée avec un matériau qui est du pin. Et ce pin, d’où vient-il ?
-De la forêt où il a poussé.
-Et comment s’y est-il pris pour pousser ?
-Eh bien, une graine s’est sans doute échappée d’une cocotte de pin et a germé à proximité de son pin géniteur.
-Bien. Maintenant, poussons plus loin notre enquête : comment une toute petite graine de pin a-t-elle pu générer l’immense arbre qu’on a coupé et façonné pour en faire votre table d’ordinateur ?
-Sans doute parce que la petite graine de pin a su puiser dans le sol et dans l’air les nutriments nécessaires à sa croissance.
-Voilà qui est bien dit. Mais par quelle opération magique, ces nutriments (oxygène, calcium, fer, etc.) ont-ils pu devenir arbre ? Je ne peux pas transformer mon stylo en torche électrique, n’est-ce pas ? À moins d’être un excellent magicien ou un thaumaturge comme Jésus-Christ qui, à ce qu’on dit, pouvait transformer l’eau en vin. Alors comment ces nutriments peuvent-ils devenir arbre ?
- ???
-Ce n’est pas d’hier que l’homme se pose ce genre de questions. Déjà, dans l’Antiquité, les philosophes grecs (Parménide, Platon, Aristote, Empédocle, Anaxagore, etc.) se posaient la question : comment l’herbe que mange le lapin peut-elle devenir lapin ? C’est finalement Démocrite qui a trouvé la réponse : tout ce qui existe est fait de petites particules interchangeables : les atomes. Ils sont la menue monnaie de l’univers. Ce sont les pièces d’un immense meccano que l’on peut combiner de diverses façons pour fabriquer tantôt une maison, tantôt un cheval. C’est ainsi que l’herbe peut se changer en chair de lapin et que les nutriments dans le sol et dans l’air peuvent devenir arbre.
Mais les atomes, dont Démocrite avait eu l’intuition, existent-ils vraiment ? Au XIXe siècle, on en doutait encore. Ce n’est qu’au début du XXe siècle, grâce particulièrement aux travaux de Jean Perrin, que la réalité des atomes a pu être prouvée. Ainsi donc l’atome est la réponse à notre question : de quoi sont faites votre table d’ordinateur et, plus généralement, toute la matière connue, des étoiles jusqu’aux pucerons.
En ce début du XXe siècle, l’atome est perçu comme la réalité ultime de la matière : il est insécable et on ne peut aller plus loin dans l’infiniment petit. Tout allait bientôt profondément changer.
À force de scruter l’atome, on découvre qu’il comporte un noyau autour duquel pirouettent et gigotent d’infiniment petites choses : les électrons. Et on n’est pas au bout de nos surprises. Le noyau lui-même est composé de deux particules : des protons et des neutrons. Est-on enfin arrivé à l’ultime réalité des choses, aux plus petites particules imaginables ?
C’est ce que nous saurons dans le prochain épisode de notre palpitante et aventureuse descente au cœur de la matière.
La première question que j’aborderai est donc la matière : de quoi est faite la matière ? Tu parles d’une question, me direz-vous, la matière est la matière, ne cherchons pas midi à quatorze heures !
Bon, reprenons la question autrement :
-De quoi est faite la table sur laquelle est posé votre ordinateur ?
-De bois, dites-vous ?
-Très bien.
-Et de quelle sorte de bois ?
-De pin.
-Parfait. Nous savons donc que votre table a été fabriquée avec un matériau qui est du pin. Et ce pin, d’où vient-il ?
-De la forêt où il a poussé.
-Et comment s’y est-il pris pour pousser ?
-Eh bien, une graine s’est sans doute échappée d’une cocotte de pin et a germé à proximité de son pin géniteur.
-Bien. Maintenant, poussons plus loin notre enquête : comment une toute petite graine de pin a-t-elle pu générer l’immense arbre qu’on a coupé et façonné pour en faire votre table d’ordinateur ?
-Sans doute parce que la petite graine de pin a su puiser dans le sol et dans l’air les nutriments nécessaires à sa croissance.
-Voilà qui est bien dit. Mais par quelle opération magique, ces nutriments (oxygène, calcium, fer, etc.) ont-ils pu devenir arbre ? Je ne peux pas transformer mon stylo en torche électrique, n’est-ce pas ? À moins d’être un excellent magicien ou un thaumaturge comme Jésus-Christ qui, à ce qu’on dit, pouvait transformer l’eau en vin. Alors comment ces nutriments peuvent-ils devenir arbre ?
- ???
-Ce n’est pas d’hier que l’homme se pose ce genre de questions. Déjà, dans l’Antiquité, les philosophes grecs (Parménide, Platon, Aristote, Empédocle, Anaxagore, etc.) se posaient la question : comment l’herbe que mange le lapin peut-elle devenir lapin ? C’est finalement Démocrite qui a trouvé la réponse : tout ce qui existe est fait de petites particules interchangeables : les atomes. Ils sont la menue monnaie de l’univers. Ce sont les pièces d’un immense meccano que l’on peut combiner de diverses façons pour fabriquer tantôt une maison, tantôt un cheval. C’est ainsi que l’herbe peut se changer en chair de lapin et que les nutriments dans le sol et dans l’air peuvent devenir arbre.
Mais les atomes, dont Démocrite avait eu l’intuition, existent-ils vraiment ? Au XIXe siècle, on en doutait encore. Ce n’est qu’au début du XXe siècle, grâce particulièrement aux travaux de Jean Perrin, que la réalité des atomes a pu être prouvée. Ainsi donc l’atome est la réponse à notre question : de quoi sont faites votre table d’ordinateur et, plus généralement, toute la matière connue, des étoiles jusqu’aux pucerons.
En ce début du XXe siècle, l’atome est perçu comme la réalité ultime de la matière : il est insécable et on ne peut aller plus loin dans l’infiniment petit. Tout allait bientôt profondément changer.
À force de scruter l’atome, on découvre qu’il comporte un noyau autour duquel pirouettent et gigotent d’infiniment petites choses : les électrons. Et on n’est pas au bout de nos surprises. Le noyau lui-même est composé de deux particules : des protons et des neutrons. Est-on enfin arrivé à l’ultime réalité des choses, aux plus petites particules imaginables ?
C’est ce que nous saurons dans le prochain épisode de notre palpitante et aventureuse descente au cœur de la matière.
mercredi 14 juillet 2010
Ce qui n'a pas été écrit*
«Ce qui n’a pas été écrit, c’est ce qui m’avait amené dans cette maison ce soir de juin 1954, m’a raconté Antoine.
«On a écrit que je n’avais écouté que mon courage et qu’il s’agissait d’un acte de pur héroïsme. Tous les journaux en ont parlé et on m’a même décoré pour ce haut fait.
«Ce qui a beaucoup contribué à faire de mon geste un tel événement médiatique, c’est la photo prise par un amateur du voisinage. Une photo sensationnelle publiée à la une de tous les journaux : moi, en chemise blanche au col large ouvert, le cheveu roussi et sortant de la maison en flammes avec Marie-Anne évanouie dans mes bras. Une Marie-Anne splendide et touchante dans sa robe de nuit blanche, avec son visage angélique et sa longue chevelure blonde qui pendait librement de sa tête basculée vers l’arrière.
«Je pense d’ailleurs que c’est à ce moment-là que j’en suis tombé amoureux.
«Ce sauvetage, et surtout cette photo, nous ont catapultés à l’avant-scène de l’actualité. Marie-Anne qui, dans son travail de mannequin, n’avait réussi à parader que pour des couturiers de bas étage, est rapidement devenue la cover-girl favorite des magazines et des publicitaires. Pour ma part, je suis devenu un architecte-décorateur très en demande, moi qui étais sans le sou et n’avais décroché ni emploi ni contrat depuis la fin de mes études un an plus tôt.
«Ce qui n’a pas été écrit, c’est que lorsque je suis entré dans cette maison, cette nuit-là, je ne savais pas que le feu couvait dans le hangar arrière. Lorsque j’ai fourré dans ma poche la trentaine de dollars trouvés dans l’armoire de la cuisine, je ne m’étais pas encore aperçu que le feu prenait de l’ampleur. Ce n’est qu’en fouillant dans le tiroir du bahut au salon, que j’ai entendu des cris venant de la rue. Je me suis alors approché de la fenêtre et, dissimulé derrière les rideaux, j’ai vu que les gens rassemblés dans la rue pointaient du doigt la maison. Je n’ai vraiment pris conscience de la situation que lorsque, dans le brouhaha, j’ai saisi les mots «feu, pompiers, alerte…». Sans demander mon reste, j’ai couru vers la cuisine pour m’enfuir par l’arrière. Je ne voulais surtout pas qu’on me voie sortir de cette maison. Mais la fumée opaque et menaçante qui roulait derrière la porte a coupé ma retraite. Paniqué, j’ai fait le tour des pièces, espérant m’échapper par une fenêtre et sortir inaperçu.
«J’entendais maintenant le feu gronder, ce maudit feu qui gagnait du terrain à une vitesse incroyable. Soudain, une explosion fit voler en éclats la porte de la cuisine, me soufflant au visage un nuage brûlant de fumée. Je me suis précipité dans la salle de bains et j’ai refermé la porte. Le visage protégé par une serviette mouillée, je suis ressorti à quatre pattes pour me rendre dans la chambre de façade, la seule pièce que je n’avais pas encore explorée.
«La serviette sur la bouche, je rampais vers la fenêtre lorsque, en passant près du lit, je sursautai à la vue d’une forme humaine inanimée…
«Ai-je agi par compassion ou parce que j’ai vu là ma planche de salut ? Je ne saurais le dire. Après avoir laissé tomber la serviette et arraché les couvertures, j’ai glissé mes bras sous cette personne, l’ai soulevée et, toussant et pleurant, je me suis précipité vers la porte d’entrée à travers les flammes et la fumée.
«C’est, là, dans les marches du court escalier, que ce photographe béni a pris cette photo du chevalier sans peur et sans reproche sauvant la Belle des griffes du dragon.
«Ce qui n’a pas été écrit, c’est que le chevalier, mort de peur, se reprocherait toujours les motifs peu louables qui l’avaient conduit dans cette maison.
«Ce qui n’a pas été écrit non plus, c’est que, après toutes ces années, Marie-Anne et moi, nous nous aimons toujours tendrement bien qu’elle n’ait jamais compris comment j’avais pu récupérer ses bijoux dans le tiroir du bahut.
«Est-il nécessaire de te dire, a ajouté Antoine, que ce récit doit demeurer secret et que jamais, au grand jamais, il ne doit être écrit.
¤
«Femme romanesque, Marie-Anne a insisté pour que nous achetions la maison à demi-incendiée. Nous l’avons évidemment reconstruite et nous nous y sommes installés. Si tu passes par là un soir d’été, tu verras Marie-Anne se bercer sur la galerie et, pour peu que tu lui adresses la parole, son merveilleux visage s’épanouira. Elle trouvera sûrement le moyen de détourner la conversation pour te raconter ma conduite héroïque lors de cette fameuse nuit de 1954.
«Ne va surtout pas lui apprendre ma version des faits. Elle serait capable de mettre le feu à la maison rien que pour me donner une nouvelle occasion de te prouver mon héroïsme.
«Et, franchement, me vois-tu, à mon âge, la soulever dans mes bras ? Elle pèse maintenant dans les soixante-dix kilos, tu sais. Je devrais la traîner dehors par les pieds. Encore bien chanceux si ce n’est pas elle qui devait me sortir de là.
«Et qui me dit qu’il n’y aurait pas dans les parages quelque photographe un peu zélé ?»
¤
Cet épisode de la vie de mon vieil ami Antoine est mot à mot celui qu’il m’a raconté quelques jours avant sa mort survenue de près par celle de Marie-Anne. Je lui ai juré de ne jamais en souffler mot à personne. Mais vous me connaissez, hein, je ne tiens jamais mes promesses. Ce n’est pas une question d’infidélité, c’est ma mémoire qui s’en va à vau-l’eau.
*Extrait révisé de L'homme qui souriait en dormant Jean Marcoux Éd. Les Quinze 1994
«On a écrit que je n’avais écouté que mon courage et qu’il s’agissait d’un acte de pur héroïsme. Tous les journaux en ont parlé et on m’a même décoré pour ce haut fait.
«Ce qui a beaucoup contribué à faire de mon geste un tel événement médiatique, c’est la photo prise par un amateur du voisinage. Une photo sensationnelle publiée à la une de tous les journaux : moi, en chemise blanche au col large ouvert, le cheveu roussi et sortant de la maison en flammes avec Marie-Anne évanouie dans mes bras. Une Marie-Anne splendide et touchante dans sa robe de nuit blanche, avec son visage angélique et sa longue chevelure blonde qui pendait librement de sa tête basculée vers l’arrière.
«Je pense d’ailleurs que c’est à ce moment-là que j’en suis tombé amoureux.
«Ce sauvetage, et surtout cette photo, nous ont catapultés à l’avant-scène de l’actualité. Marie-Anne qui, dans son travail de mannequin, n’avait réussi à parader que pour des couturiers de bas étage, est rapidement devenue la cover-girl favorite des magazines et des publicitaires. Pour ma part, je suis devenu un architecte-décorateur très en demande, moi qui étais sans le sou et n’avais décroché ni emploi ni contrat depuis la fin de mes études un an plus tôt.
«Ce qui n’a pas été écrit, c’est que lorsque je suis entré dans cette maison, cette nuit-là, je ne savais pas que le feu couvait dans le hangar arrière. Lorsque j’ai fourré dans ma poche la trentaine de dollars trouvés dans l’armoire de la cuisine, je ne m’étais pas encore aperçu que le feu prenait de l’ampleur. Ce n’est qu’en fouillant dans le tiroir du bahut au salon, que j’ai entendu des cris venant de la rue. Je me suis alors approché de la fenêtre et, dissimulé derrière les rideaux, j’ai vu que les gens rassemblés dans la rue pointaient du doigt la maison. Je n’ai vraiment pris conscience de la situation que lorsque, dans le brouhaha, j’ai saisi les mots «feu, pompiers, alerte…». Sans demander mon reste, j’ai couru vers la cuisine pour m’enfuir par l’arrière. Je ne voulais surtout pas qu’on me voie sortir de cette maison. Mais la fumée opaque et menaçante qui roulait derrière la porte a coupé ma retraite. Paniqué, j’ai fait le tour des pièces, espérant m’échapper par une fenêtre et sortir inaperçu.
«J’entendais maintenant le feu gronder, ce maudit feu qui gagnait du terrain à une vitesse incroyable. Soudain, une explosion fit voler en éclats la porte de la cuisine, me soufflant au visage un nuage brûlant de fumée. Je me suis précipité dans la salle de bains et j’ai refermé la porte. Le visage protégé par une serviette mouillée, je suis ressorti à quatre pattes pour me rendre dans la chambre de façade, la seule pièce que je n’avais pas encore explorée.
«La serviette sur la bouche, je rampais vers la fenêtre lorsque, en passant près du lit, je sursautai à la vue d’une forme humaine inanimée…
«Ai-je agi par compassion ou parce que j’ai vu là ma planche de salut ? Je ne saurais le dire. Après avoir laissé tomber la serviette et arraché les couvertures, j’ai glissé mes bras sous cette personne, l’ai soulevée et, toussant et pleurant, je me suis précipité vers la porte d’entrée à travers les flammes et la fumée.
«C’est, là, dans les marches du court escalier, que ce photographe béni a pris cette photo du chevalier sans peur et sans reproche sauvant la Belle des griffes du dragon.
«Ce qui n’a pas été écrit, c’est que le chevalier, mort de peur, se reprocherait toujours les motifs peu louables qui l’avaient conduit dans cette maison.
«Ce qui n’a pas été écrit non plus, c’est que, après toutes ces années, Marie-Anne et moi, nous nous aimons toujours tendrement bien qu’elle n’ait jamais compris comment j’avais pu récupérer ses bijoux dans le tiroir du bahut.
«Est-il nécessaire de te dire, a ajouté Antoine, que ce récit doit demeurer secret et que jamais, au grand jamais, il ne doit être écrit.
¤
«Femme romanesque, Marie-Anne a insisté pour que nous achetions la maison à demi-incendiée. Nous l’avons évidemment reconstruite et nous nous y sommes installés. Si tu passes par là un soir d’été, tu verras Marie-Anne se bercer sur la galerie et, pour peu que tu lui adresses la parole, son merveilleux visage s’épanouira. Elle trouvera sûrement le moyen de détourner la conversation pour te raconter ma conduite héroïque lors de cette fameuse nuit de 1954.
«Ne va surtout pas lui apprendre ma version des faits. Elle serait capable de mettre le feu à la maison rien que pour me donner une nouvelle occasion de te prouver mon héroïsme.
«Et, franchement, me vois-tu, à mon âge, la soulever dans mes bras ? Elle pèse maintenant dans les soixante-dix kilos, tu sais. Je devrais la traîner dehors par les pieds. Encore bien chanceux si ce n’est pas elle qui devait me sortir de là.
«Et qui me dit qu’il n’y aurait pas dans les parages quelque photographe un peu zélé ?»
¤
Cet épisode de la vie de mon vieil ami Antoine est mot à mot celui qu’il m’a raconté quelques jours avant sa mort survenue de près par celle de Marie-Anne. Je lui ai juré de ne jamais en souffler mot à personne. Mais vous me connaissez, hein, je ne tiens jamais mes promesses. Ce n’est pas une question d’infidélité, c’est ma mémoire qui s’en va à vau-l’eau.
*Extrait révisé de L'homme qui souriait en dormant Jean Marcoux Éd. Les Quinze 1994
lundi 5 juillet 2010
C'était un 17 juillet
Ce moment magique, j’ai essayé de le faire revenir devant mes yeux à plusieurs reprises, mais il m’échappe toujours. Il ne m'en reste que des bribes, comme l'étrange rêve qu'on essaie de revivre au réveil.
C'était un 17 juillet, vers 20h30.
Nous revenions doucement de l'île d'Orléans et avions pris le Chemin des Prêtres, un chemin de traverse qui va de Saint-Laurent à St-Pierre. Une route qui ressemble à la Route du Mitan un peu plus à l'est, mais plus courte et un peu moins spectaculaire.
Et c'est là, en descendant vers St-Pierre, que nous avons vu ce spectacle. Nous nous sommes arrêtés pour mieux voir ce qui se passait, comme beaucoup d'autres gens du reste. Le ciel était couvert. Nous n'avons vu le soleil que pendant un bref moment, du côté de la Côte de Beaupré: un disque rond, parfaitement découpé au-dessus des montagnes, mais sans éclat, aux rayons étouffés dans les nuages. Mais, même une fois disparu, le soleil continua à illuminer une large bande d'horizon d'une lumière diffuse orangée. C'est surtout cette lumière qui était extraordinaire. Un vrai paysage d'Apocalypse que certains même trouvaient terrifiant. Au-dessus de cette bande, des nuages opaques avec une frange violette. Des éclairs lointains ajoutaient à cette scène de jugement dernier. Un paysage sinistre mais de toute beauté. On se prenait à espérer de voir apparaître le Dieu éternel et justicier.
De l'autre côté de la route, des jeunes filles jouaient au foot sur un terrain de jeu. Sans trop savoir pourquoi, cette ambiance m'a plongé dans un vague passé qui m'échappait, des sentiments plus que des souvenirs, des réminiscences floues dont il ne me restait que les effluves. J'aurais voulu figer ce moment. Je m'y sentais bien. Comme si le temps n'existait plus. Comme si j'étais transporté dans un autre monde. Comme si je revenais aux jours de mon enfance alors que la vie était éternelle. Comme si le paradis était à portée de main. Comme si ... je ne sais pas.
Nous sommes revenus sous la pluie battante mais l’âme étrangement en paix. J'avais l'impression d'avoir vécu un épisode d'Alice au pays des merveilles.
C'était un 17 juillet, vers 20h30.
Nous revenions doucement de l'île d'Orléans et avions pris le Chemin des Prêtres, un chemin de traverse qui va de Saint-Laurent à St-Pierre. Une route qui ressemble à la Route du Mitan un peu plus à l'est, mais plus courte et un peu moins spectaculaire.
Et c'est là, en descendant vers St-Pierre, que nous avons vu ce spectacle. Nous nous sommes arrêtés pour mieux voir ce qui se passait, comme beaucoup d'autres gens du reste. Le ciel était couvert. Nous n'avons vu le soleil que pendant un bref moment, du côté de la Côte de Beaupré: un disque rond, parfaitement découpé au-dessus des montagnes, mais sans éclat, aux rayons étouffés dans les nuages. Mais, même une fois disparu, le soleil continua à illuminer une large bande d'horizon d'une lumière diffuse orangée. C'est surtout cette lumière qui était extraordinaire. Un vrai paysage d'Apocalypse que certains même trouvaient terrifiant. Au-dessus de cette bande, des nuages opaques avec une frange violette. Des éclairs lointains ajoutaient à cette scène de jugement dernier. Un paysage sinistre mais de toute beauté. On se prenait à espérer de voir apparaître le Dieu éternel et justicier.
De l'autre côté de la route, des jeunes filles jouaient au foot sur un terrain de jeu. Sans trop savoir pourquoi, cette ambiance m'a plongé dans un vague passé qui m'échappait, des sentiments plus que des souvenirs, des réminiscences floues dont il ne me restait que les effluves. J'aurais voulu figer ce moment. Je m'y sentais bien. Comme si le temps n'existait plus. Comme si j'étais transporté dans un autre monde. Comme si je revenais aux jours de mon enfance alors que la vie était éternelle. Comme si le paradis était à portée de main. Comme si ... je ne sais pas.
Nous sommes revenus sous la pluie battante mais l’âme étrangement en paix. J'avais l'impression d'avoir vécu un épisode d'Alice au pays des merveilles.
lundi 3 mai 2010
Les galettes à l'avoine
Il était une fois une bonne mère de famille comme il s’en faisait autrefois (et comme il en reste d’ailleurs encore plusieurs aujourd’hui) et qui décida un beau jour de fabriquer une fournée de galettes à l’avoine pour sa marmaille. Elle sortit alors de ses armoires de la farine, de la poudre à pâte, des flocons d’avoine, du sucre, de la cassonade, de la margarine, un œuf, une pincée de sel et une petite fiole de vanille.
Vous savez, comme moi, que chacun de ces ingrédients, pris séparément, n’a pas très bon goût. Une tasse de farine, vous savez, ou une cuillerée de margarine ne remportera jamais de grands prix aux concours culinaires.
Mais notre cuisinière mêla le tout qui devint une pâte informe qui, pour l’instant, n’annonçait rien de bon. Mais elle étendit cette pâte en petits paquets sur une plaque qu’elle mit au four. Alors, ô miracle, les petits paquets de grisaille se mirent à gonfler et devinrent de jolies galettes.
La marmaille, comme on s’en doute, se précipita sur les galettes et les engouffra. Et alors, ô nouveau miracle, les estomacs des petits pétrirent les galettes et, par maints tours de magie, en convertirent plusieurs en cellules vivantes qui circulèrent dans le corps des petits et s’y intégrèrent et, le croirez-vous, la farine, les œufs, la margarine et tous les ingrédients que leur mère avait mis dans ses galettes devinrent des petits Maxence, Joséphine, Amélie et Toto.
Si vous interrogez les savants, ils vous diront que les éléments primitifs du début (farine, etc.), une fois pétris dans le corps des petits, sont devenus des cellules vivantes. Ils sont donc devenus beaucoup plus complexes qu’ils ne l’étaient au départ.
Eh bien, c’est là, à petite échelle, toute l’histoire de l’univers.
Lorsqu’il est né, notre univers n’était qu’une soupe informe et extrêmement chaude, un mélange sans bon sens de particules infiniment petites, incroyablement tassées les unes sur les autres et se chamaillant à qui mieux-mieux. La désorganisation totale, un vrai bordel quoi !
Et il arriva ce qui devait arriver : la soupe, devenue trop chaude, fit exploser le couvercle de la marmite et se répandit partout. C’est ce qu’on appela le gigantesque flash du Big Bang.
Mais c’était encore la grande confusion. Il fallut des millions d’années avant qu’un début d’ordre naisse de ce chaos. Ce furent d’abord de grands nuages de ces particules indisciplinées qui commencèrent à se rassembler en vastes ensembles que, plus tard, les savants appelèrent nébuleuses. Les particules prirent goût à ces rassemblements et se tassèrent les unes sur les autres pour fabriquer de nouvelles particules, essentiellement de l’hydrogène, et de l’hélium comme, encore une fois, les savants les appelèrent plus tard. À force de se tasser, ces particules se réchauffèrent tellement qu’elles finirent par prendre feu : les étoiles étaient nées ! Rien de moins ! L’Univers devint lumineux.
Mais les étoiles, toutes étoiles qu’elles sont, demeurent des créatures plutôt primitives : de vastes brasiers qui consomment à chaque instant des tonnes d’hydrogène. Mais rendons leur quand même ce qui leur revient : elles entreprirent de fabriquer des noyaux de multiples nouveaux éléments.
Les plus grosses de ces étoiles, étouffant sous leur propre poids et n’en pouvant plus, éclatèrent alors dans de formidables explosions, projetant aux quatre coins de l’univers les noyaux qu’elles avaient fabriqués dans leur cœur. Ces noyaux ne périrent pas pour autant. Ils survécurent et se firent copain-copain avec les multiples autres petites particules qui gigotaient dans la soupe initiale que le Big Bang avait disséminées et que, plus tard encore une fois, on baptisa de noms affectueux comme électrons, photons, quarks, bosons, mésons, etc. Cette association produisit, devinez quoi : des atomes de toute sortes! Des atomes de fer, des atomes de cuivre, des atomes de zinc, etc., etc.
Les atomes, on le sait, sont les briques de la matière. Mais, comme on le sait aussi, les atomes ont pris goût à l’invention et se sont regroupés en molécules qui se sont associées de mille et une façons pour arriver à fabriquer tous les trucs que l’on trouve dans la nature : les nuages qui flottent au-dessus des océans aussi bien que les masses d’eau qui remplissent ces océans, la pierraille agrippée au Mont Blanc aussi bien que l’air qui se raréfie quand on escalade ce Mont, le feu qui gronde au sein des volcans aussi bien que les plaques tectoniques dont le choc secoue notre planète et toute la panoplie des choses que l’on connaît.
Ces ingénieux petits atomes se sont même mis à s’assembler en grosses molécules puis en cellules qui, par des opérations magiques, ont créé la vie dans les pissenlits qui enjolivent votre gazon (et que vous vous obstinez à saboter), dans la mésange qui vient picorer dans votre mangeoire d’oiseaux, dans la grenouille qui paresse dans son étang, dans les saumons dont les grizzlys guettent le passage et toutes ces «bibittes» qui sillonnent notre planète.
Mais la nature avait encore bien des trucs dans son sac à magie. Elle s’est retroussée les manches et a entrepris de fabriquer un être à deux pattes, plutôt hirsute au début, mais qu’elle a longuement fignolé pour finalement lui implanter dans le crâne une conscience. Cette chose à deux pattes avec une petite jugeote plantée sous sa chevelure, eh bien c’est vous et c’est moi. Le chef d’œuvre, dit-on de la nature (du moins vous, moi c’est pas sûr). Le seul être dont on dit qu’il peut prendre conscience de l’univers qu’il habite et le seul aussi qui se rend compte peu à peu qu’il fait partie de cet univers.
Et voilà que «nous comprenons un peu mieux comment l’organisation et la complexité ont pu émerger du chaos primordial» (dixit Hubert Reeves) et «comment de savoureuses galettes ont pu émerger d’un chaos immangeable de farine et de margarine» (dixit bibi).
Si, un jour, j’entreprends d’écrire mon arbre généalogique, je remonterai bien au-delà de mon arrière-arrière-grand-père. Je remonterai toute la lignée des primates, des reptiles, des poissons, des cellules, des molécules, des atomes, des noyaux et de toutes ces infiniment petites particules qui gigotaient dans l’univers d’avant le Big Bang. J’en parlerai au curé de ma paroisse mais je ne pense pas qu’il retrouve tout ce beau monde dans ses grands registres. Ce n’est même pas certain qu’il retrouve Adam et Ève en cours de route.
Alors, en attendant, moi je dis Chapeau ! Chapeau à cette merveilleuse nature qui, de tâtonnements en tâtonnements, à partir d’une informe soupe primitive, a su patiemment bâtir, après des milliards d’années, une chose aussi complexe que le cerveau humain.
Et c’est grâce à ce merveilleux outil que leur mère porte sous sa magnifique chevelure que les petits Maxence, Joséphine, Amélie et Toto mangent aujourd’hui les délicieuses galettes cuisinées par leur mère.
C’est là, je vous le répète, toute l’histoire de l’univers.
Vous savez, comme moi, que chacun de ces ingrédients, pris séparément, n’a pas très bon goût. Une tasse de farine, vous savez, ou une cuillerée de margarine ne remportera jamais de grands prix aux concours culinaires.
Mais notre cuisinière mêla le tout qui devint une pâte informe qui, pour l’instant, n’annonçait rien de bon. Mais elle étendit cette pâte en petits paquets sur une plaque qu’elle mit au four. Alors, ô miracle, les petits paquets de grisaille se mirent à gonfler et devinrent de jolies galettes.
La marmaille, comme on s’en doute, se précipita sur les galettes et les engouffra. Et alors, ô nouveau miracle, les estomacs des petits pétrirent les galettes et, par maints tours de magie, en convertirent plusieurs en cellules vivantes qui circulèrent dans le corps des petits et s’y intégrèrent et, le croirez-vous, la farine, les œufs, la margarine et tous les ingrédients que leur mère avait mis dans ses galettes devinrent des petits Maxence, Joséphine, Amélie et Toto.
Si vous interrogez les savants, ils vous diront que les éléments primitifs du début (farine, etc.), une fois pétris dans le corps des petits, sont devenus des cellules vivantes. Ils sont donc devenus beaucoup plus complexes qu’ils ne l’étaient au départ.
Eh bien, c’est là, à petite échelle, toute l’histoire de l’univers.
Lorsqu’il est né, notre univers n’était qu’une soupe informe et extrêmement chaude, un mélange sans bon sens de particules infiniment petites, incroyablement tassées les unes sur les autres et se chamaillant à qui mieux-mieux. La désorganisation totale, un vrai bordel quoi !
Et il arriva ce qui devait arriver : la soupe, devenue trop chaude, fit exploser le couvercle de la marmite et se répandit partout. C’est ce qu’on appela le gigantesque flash du Big Bang.
Mais c’était encore la grande confusion. Il fallut des millions d’années avant qu’un début d’ordre naisse de ce chaos. Ce furent d’abord de grands nuages de ces particules indisciplinées qui commencèrent à se rassembler en vastes ensembles que, plus tard, les savants appelèrent nébuleuses. Les particules prirent goût à ces rassemblements et se tassèrent les unes sur les autres pour fabriquer de nouvelles particules, essentiellement de l’hydrogène, et de l’hélium comme, encore une fois, les savants les appelèrent plus tard. À force de se tasser, ces particules se réchauffèrent tellement qu’elles finirent par prendre feu : les étoiles étaient nées ! Rien de moins ! L’Univers devint lumineux.
Mais les étoiles, toutes étoiles qu’elles sont, demeurent des créatures plutôt primitives : de vastes brasiers qui consomment à chaque instant des tonnes d’hydrogène. Mais rendons leur quand même ce qui leur revient : elles entreprirent de fabriquer des noyaux de multiples nouveaux éléments.
Les plus grosses de ces étoiles, étouffant sous leur propre poids et n’en pouvant plus, éclatèrent alors dans de formidables explosions, projetant aux quatre coins de l’univers les noyaux qu’elles avaient fabriqués dans leur cœur. Ces noyaux ne périrent pas pour autant. Ils survécurent et se firent copain-copain avec les multiples autres petites particules qui gigotaient dans la soupe initiale que le Big Bang avait disséminées et que, plus tard encore une fois, on baptisa de noms affectueux comme électrons, photons, quarks, bosons, mésons, etc. Cette association produisit, devinez quoi : des atomes de toute sortes! Des atomes de fer, des atomes de cuivre, des atomes de zinc, etc., etc.
Les atomes, on le sait, sont les briques de la matière. Mais, comme on le sait aussi, les atomes ont pris goût à l’invention et se sont regroupés en molécules qui se sont associées de mille et une façons pour arriver à fabriquer tous les trucs que l’on trouve dans la nature : les nuages qui flottent au-dessus des océans aussi bien que les masses d’eau qui remplissent ces océans, la pierraille agrippée au Mont Blanc aussi bien que l’air qui se raréfie quand on escalade ce Mont, le feu qui gronde au sein des volcans aussi bien que les plaques tectoniques dont le choc secoue notre planète et toute la panoplie des choses que l’on connaît.
Ces ingénieux petits atomes se sont même mis à s’assembler en grosses molécules puis en cellules qui, par des opérations magiques, ont créé la vie dans les pissenlits qui enjolivent votre gazon (et que vous vous obstinez à saboter), dans la mésange qui vient picorer dans votre mangeoire d’oiseaux, dans la grenouille qui paresse dans son étang, dans les saumons dont les grizzlys guettent le passage et toutes ces «bibittes» qui sillonnent notre planète.
Mais la nature avait encore bien des trucs dans son sac à magie. Elle s’est retroussée les manches et a entrepris de fabriquer un être à deux pattes, plutôt hirsute au début, mais qu’elle a longuement fignolé pour finalement lui implanter dans le crâne une conscience. Cette chose à deux pattes avec une petite jugeote plantée sous sa chevelure, eh bien c’est vous et c’est moi. Le chef d’œuvre, dit-on de la nature (du moins vous, moi c’est pas sûr). Le seul être dont on dit qu’il peut prendre conscience de l’univers qu’il habite et le seul aussi qui se rend compte peu à peu qu’il fait partie de cet univers.
Et voilà que «nous comprenons un peu mieux comment l’organisation et la complexité ont pu émerger du chaos primordial» (dixit Hubert Reeves) et «comment de savoureuses galettes ont pu émerger d’un chaos immangeable de farine et de margarine» (dixit bibi).
Si, un jour, j’entreprends d’écrire mon arbre généalogique, je remonterai bien au-delà de mon arrière-arrière-grand-père. Je remonterai toute la lignée des primates, des reptiles, des poissons, des cellules, des molécules, des atomes, des noyaux et de toutes ces infiniment petites particules qui gigotaient dans l’univers d’avant le Big Bang. J’en parlerai au curé de ma paroisse mais je ne pense pas qu’il retrouve tout ce beau monde dans ses grands registres. Ce n’est même pas certain qu’il retrouve Adam et Ève en cours de route.
Alors, en attendant, moi je dis Chapeau ! Chapeau à cette merveilleuse nature qui, de tâtonnements en tâtonnements, à partir d’une informe soupe primitive, a su patiemment bâtir, après des milliards d’années, une chose aussi complexe que le cerveau humain.
Et c’est grâce à ce merveilleux outil que leur mère porte sous sa magnifique chevelure que les petits Maxence, Joséphine, Amélie et Toto mangent aujourd’hui les délicieuses galettes cuisinées par leur mère.
C’est là, je vous le répète, toute l’histoire de l’univers.
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