mercredi 22 décembre 2010

Conte de Noël

Un conte de Noël d’antan

J’étais encore jeune homme à cette époque. Disons il y a deux ou trois siècles.

Je passais un sale moment. Ma vie tournait au vinaigre depuis quelque temps. J’avais échoué aux examens du bac, ma petite amie de cœur m’avait quitté pour ce grand insignifiant de Léo, mon employeur avait fermé boutique et m’avait laissé sans le sou, mon père ne cessait de me dire que je m’en allais droit dans le mur et je ne vous parle pas de mon vieux tacot dont les pneus étaient crevés. Pour tout dire, j’étais patraque.

Malgré tout, je n’étais pas du genre à verser dans la dépression et j’étais convaincu que si je pouvais entrevoir une éclaircie dans mon avenir, ne fût-ce qu’un mince rayon, je retrouverais l’élan pour me relancer. J’étais du genre à rebondir à la moindre occasion.

Pas question pour moi de consulter un psychologue et encore moins un psychiatre, de me bourrer de «pep pills» ou autres cochonneries du genre, de me lancer dans l’alcool ou dans les sports extrêmes et encore moins de me suicider. Mais je ne savais pas de quel côté me tourner.

C’est mon ami Louis qui m’a mis sur la piste.

-Mais, mon pauvre vieux, j’ai en plein ce qu’il te faut, m’a-t-il lancé.

-Toi, puis tes suggestions à la con, tu sais où tu peux te les mettre.

Ne vous indignez pas. Louis est mon ami, je vous l’ai dit. C’est ainsi que se parlent les vrais amis, pas vrai ?

Sans même se soucier de ma réplique, Louis m’a tendu une carte d’affaires. «Vas-y, t’as rien à perdre, comme c’est là, t’as l’air d’une vraie cloche !»

Vous voyez bien que Louis est mon ami.

«Madame Jojo» disait la carte d’affaires. «Votre avenir est inscrit là, en toutes lettres dans les lignes de votre main.»

Bien évidemment, j’ai traité l’offre de Louis avec mépris et, sous ses yeux, j’ai jeté la carte à la poubelle. Louis s’est contenté d’un branlement de tête qui voulait tout dire.

Mais, Louis avait à peine fermé la porte que j’ai plongé la main dans le panier à déchet pour récupérer la carte de Madame Jojo.

Et c’est ainsi que, la veille de Noël, je me suis retrouvé dans le cabinet de consultation de madame Jojo. Elle m’avait prévenu que c’était par exception qu’elle me recevait en personne car habituellement ce n’est que par téléphone qu’elle travaillait. Je pense que Louis lui avait touché un mot et lui avait dit, à elle qui était justement en manque, que j’étais une affaire. Si invraisemblable que la chose puisse vous paraître, j’étais beau gosse à cette époque vous savez.

Elle me prit la main et me caressa la paume en silence comme si elle voulait en déchiffrer les lignes.

Cette séance de touche-touche n’était pas désagréable, je vous l’assure, surtout qu’elle était debout devant moi, de l’autre côté de son étroite table de travail, buste penchée sur ma main, me donnant ainsi une vue imprenable sur son décolleté. Sans compter la chevelure noire ramassée en toque, les longs cils, la bouche sévère, la taille svelte découpée dans une robe noire, bref l’image dominatrice de l’ensemble donnait à cette femme des allures de sadomasochiste. En plein mon type quoi ! (À l’époque, entendons-nous).

Je dus donc faire un immense effort pour chasser ces pensées impudiques, bien loin du but de ma consultation. Mais, malgré tous mes efforts, il a bien fallu que je me rende à l’évidence : un canon, cette femme, un vrai canon, je vous dis.

Après quelques minutes de caresses de ma main en silence, elle a levé vers moi un regard envoûtant et sans équivoque et m’a déclaré d’une voix suave et persuasive:

«Vos soucis sont dès maintenant chose du passé. Vous retrouverez à l’instant votre enthousiasme qui se manifestera par un grand débordement de passion».

J’ai failli sauter par-dessus le bureau. Ce ne fut pas nécessaire, le divan était juste à côté.

Depuis ce moment, les prédictions de Jojo se réalisèrent. Je devins plein de débordements de joie, d’enthousiasme, bref de débordements dans tous les sens du terme. Je ne jurais plus que par les lignes de la main. Elle m’en faisait la lecture quotidiennement et, chaque fois, je débordais.

Le père Noël n’arrive pas toujours par la cheminée, vous savez.

Quelques années plus tard, j’ai rencontré Jeannette. Les fées des étoiles non plus n’arrivent pas par les cheminées.

Si votre vie connaît un petit creux, trouvez-vous une bonne lectrice de la main. Jojo est peut-être encore disponible. Jeannette ? Non, pas question. Chasse gardée.

jeudi 4 novembre 2010

Capsule de physique No 3

Retour sur le cœur de la matière

Si l’on se réfère aux capsules Nos 1 & 2 des 9 et 22 août dernier, nous savons donc maintenant que l’atome, si petit soit-il, n’est pas le plus petit corpuscule connu. Il comprend un noyau entouré d’électrons extrêmement petits qui pirouettent autour du noyau et sont insécables (qu’on ne peut couper).

De son côté, le noyau est composé de protons et de neutrons qui sont eux-mêmes des agglomérats de quarks. On représente souvent l’atome comme ceci, bien qu’il s’agisse d’une image fictive car on n’a jamais vu l’atome :

Dans cette illustration de l’atome, les billes rouges et bleues représentent le noyau, composé de protons (billes rouges) et de neutrons (billes bleues). Les électrons sont les boules noires.

Toute la matière connue est faite d’atomes : votre table d’ordinateur, la petite fleur que vous y avez mise, votre chat qui vient se frôler sur votre jambe, le soleil dont les rayons entrent par votre fenêtre, les étoiles qui enchantent vos nuits, vous, moi, tout est atomes.

Mais ce qui est étonnant, c’est que les atomes sont surtout faits de vide. Si, comme le disait récemment un de mes amis physiciens, on se représentait le noyau de l’atome comme la pointe d’une aiguille, la taille de l’atome correspondrait au volume de la pièce dans laquelle vous êtes assis à votre ordinateur. Donc un noyau de la taille d’une pointe d’aiguille (qui, incidemment, contient 99,98% de la masse de l’atome) perdue dans l’immensité d’une pièce et tout le reste est un vide sillonné par de minuscules électrons (qui ne représentent que 0,02% de la masse de l’atome, aussi bien dire presque rien). Bizarre n’est-ce pas, de penser que nous sommes faits essentiellement de vide ! (Je vous entends marmonner que, dans mon cas, ça ne vous étonne pas).

Plus étonnant encore est le fait que les lois physiques habituelles, celles qui ont été énoncées particulièrement par le grand Isaac Newton et qui régissent notre comportement quotidien (comme, par exemple, la loi de la gravitation universelle qui vous garde les pieds collés au sol et permet d'interpréter aussi bien la chute des corps que le mouvement de la Lune autour de la Terre), deviennent négligeables sinon inapplicables dans le monde de l'extrêmement petit. Dans ce monde, ce sont d’autres lois qui prennent le devant de la scène : les lois de ce qu’on appelle la mécanique quantique. Cette mécanique décrit le comportement des atomes et des particules qui les composent.

Avec la théorie de la relativité d’Einstein, la mécanique quantique aura été la théorie scientifique la plus révolutionnaire du XXe siècle. Elle nous permet d'accéder au monde de l'extrêmement petit peuplé d'atomes, de photons, de neutrinos, de quarks et autres particules aux noms exotiques. C'est un monde bizarre et déroutant qui semble défier la logique et le bon sens. Pourtant, la théorie quantique a fait ses preuves, puisqu'elle est à l'origine des progrès technologiques fantastiques de notre époque : l'électronique, ses transistors, ses semi-conducteurs, le laser, etc.

Jusque vers les années 1920, on croyait bien connaître la nature de la matière et être en mesure de percer graduellement tous les secrets de l’univers. On prenait pour acquis que si l’on connaissait tous les ingrédients d’un problème, on pouvait le résoudre. Le monde était désormais sans mystères et, peu à peu, on arriverait à tout expliquer.

Le hasard n’avait aucune place dans cet univers déterministe où la raison régnait en maîtresse. Mais voilà que la mécanique quantique vient jeter une pierre dans cet étang de certitude : au niveau de l'extrêmement petit, le monde n'est plus ordonné, déterministe, comme dans notre quotidien. Il devient incertain et soumis au hasard. Le monde scientifique perd pied.

Cette mécanique nous ouvre les yeux sur de bien étranges mystères, particulièrement sur le fait que l’on ne peut plus prédire avec exactitude le comportement des particules mais qu’il faut se contenter de probabilités.

Je m’explique : si je m’installe sur le bord du trottoir et que je regarde une automobile passer devant moi, je peux évidemment situer exactement où se trouve cette automobile et, si j’ai en mains un radar, je peux, simultanément, connaître exactement sa vitesse. Eh bien, dans le monde quantique, rien ne va plus : si j’arrive à localiser un électron, je ne suis plus capable d’établir simultanément sa vitesse de déplacement.

Inversement, si j’établis cette vitesse, je ne sais plus avec exactitude où se trouve ce cachottier d’électron. Je dois me contenter de le situer approximativement. C’est ce que Heisenberg a appelé «le principe d’incertitude». Un sacrilège qui a ébranlé les fondements de la physique classique où l’on ne jurait que sur l’autel de la certitude.

Vous n’y comprenez rien à cette mécanique quantique? Eh bien, vous êtes sur la bonne voie : il n’y a rien à comprendre. « Je pense que je peux dire sans grande crainte de me tromper que personne ne comprend la mécanique quantique », disait le grand physicien Richard Feynman.

Mais il y a encore plus étrange dans ce monde de l'extrêmement petit : des particules qui naissent de rien et disparaissent en un éclair, comme le dit Pierre Yves Morvan :

«…pendant des temps très courts, le principe de conservation de l’énergie peut être violé. Ce principe dit en effet qu’on a rien pour rien, que tout se paie, ou encore qu’on ne peut avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre. C’est déjà ce que disaient à leur manière Empédocle et Lavoisier : «Rien ne se perd, rien ne se crée».

Pourtant, les relations d’Heisenberg permettent que des couples particule/antiparticule apparaissent de rien et existent pendant un certain temps.

C’est dire que des particules naissent d’un coup de baguette quantique et entrent, sans aucune invitation dans le grand bal de l’être.»

Puis, on est incapable de calculer à quel moment un neutron disparaîtra : sa disparition est laissée au pur hasard. Lavoisier se retourne dans sa tombe.

Einstein a combattu toute sa vie la physique quantique, vainement. Il n’arrivait pas à admettre que, au niveau de l’infiniment petit, le comportement des particules soit laissé au hasard. D’où, sa célèbre phrase : «Dieu ne joue pas aux dés». Ce à quoi, son adversaire et pourtant ami, Niels Bohr, lui répondait : «Qui êtes-vous, Einstein, pour dire à Dieu ce qu’il doit faire?»

D’autre part, on ne sait plus ce qu’est véritablement la matière. Si, par exemple, on examine la trace qu’un électron laisse sur une plaque métallique, on décèle une particule. Si on lui tourne le dos, il se comporte comme une onde. Certains avancent même une «théorie des cordes» où l’atome ne serait pas un corpuscule mais serait fait de vibrations ??? Qui donc est-il véritablement ? J’aime bien à cet égard rappeler les mots de l’astrophysicien James Dean qui disait que l’univers ressemble parfois plus à une grande pensée qu’à une grande machine.

On peut donc dire que, au niveau de l’extrêmement petit, la réalité nous échappe. Le monde des déterministes, qui s’acheminait vers un monde sans mystère, devient soudain un monde opaque où règnent des fantômes.

Bou !

dimanche 19 septembre 2010

Mathématiques dans la savane*

Il le sentit avant même de le voir. C'est quand même extraordinaire, avouez-le, arriver à distinguer la senteur de l'ennemi parmi tous les riches effluves de la savane.

L'autre s'était prudemment avancé contre le vent, pour éviter d'être repéré. Mais la brise avait soudain tourné. Oh, juste quelques secondes, mais ça avait été suffisant pour révéler sa présence.

Le coeur de notre héros fit un bond mais il n'en montra rien. Il savait d'où venait la senteur: quelque part derrière ce petit fourré, à cinquante mètres de lui. Il savait aussi que, dans un sprint, l'autre pouvait atteindre une vitesse de pointe de cinquante km/h alors que lui-même ne pourrait pas dépasser trente km/h. Alors, dites-moi, qu'est-ce qu'on peut faire, seul et sans armes, contre un tigre de cent vingt-cinq kilos?

La végétation tout autour était assez haute et il se dit que le fauve se rapprocherait le plus possible de lui avant de déclencher son attaque. Alors, pas de panique, se dit-il. Mine de rien, il continua sa cueillette de baies sauvages en jetant tout autour des coups d'oeil furtifs.

C'est alors qu'il vit l'arbre, seul là-bas au milieu de la savane, petit mais bien branchu. Juste assez gros pour le porter lui, mais juste assez petit pour ne pas supporter les cent vingt-cinq kilos de la bête derrière lui. Bienheureux refuge que Dieu dans sa grande sagesse avait planté là, spécialement pour lui, il l'aurait juré. Jamais arbre ne lui avait paru si beau.

À la réflexion, il se dit toutefois que Dieu, même s'il chérissait ses créatures, aimait bien aussi les éprouver. À moins que ce ne soit parce qu'il avait un brin de malice car, autrement, pourquoi aurait-il placé ce magnifique arbre à un bon cent mètres? On a bien raison de dire que les desseins de la Providence sont insondables, ne trouvez-vous pas?

«Allons, allons, ne paniquons pas, se dit de nouveau notre héros. Il faut à tout prix éviter de donner à l'autre un prétexte pour qu'il déclenche son attaque maintenant.» Jugez vous-même: à trente km/h (ou 8,33 mètres/seconde), notre héros prendra 12 secondes à franchir les cent mètres qui le séparent de son arbre refuge. De son côté, l'assaillant, à cinquante km/h (ou 13,9 mètres/seconde), ne prendra que 10,8 secondes pour franchir les 150 mètres qui le séparent de l'arbre. Il pourra donc tomber sur le dos de sa proie avant qu'elle n'atteigne l'arbre.

Alors, il continua innocemment son manège pour se rapprocher subrepticement de l'arbre sauveur. Le plus difficile, c'était de contrôler les ressorts tendus à péter qu'il avait dans les jarrets et qui lui commandaient de se lancer dans une course folle.

Le coup d'oeil suivant lui révéla que la bête s'approchait beaucoup plus rapidement de lui que lui ne s'approchait de l'arbre.

À ce stade-ci de mon récit, j'ai eu bien envie de vous laisser vous-même faire les calculs pour conseiller notre héros sur les distances qu'il devrait y avoir entre, d'une part, l'arbre et lui-même et, d'autre part, entre lui-même et le
tigre pour assurer sa sécurité. Mais, vous comprendrez que notre homme n'a vraiment pas le temps d'attendre les résultats de vos calculs sans même savoir si vous êtes fort en chiffres. Alors je vous livre tout de go son raisonnement.

«Si j'arrive, se dit-il, à me rapprocher à vingt-cinq mètres de cet arbre avant que cette bête féroce ne s'en approche à plus de cinquante mètres, je suis sauvé.» Jugez par vous-même encore une fois: une petite règle de trois vous fera voir que le fauve prendrait 3,6 secondes à atteindre l'arbre alors que son repas aurait déjà sauté dans l'arbre en 3 secondes.

Dès lors, il déploya toute son astuce pour se rapprocher plus rapidement de l'arbre béni sans éveiller les soupçons de l'autre. Il fit semblant de courir après un papillon, lança quelques cris de joie pour montrer à l'autre sa parfaite insouciance et exécuta même quelques roulés-boulés. Ce manège le rapprocha finalement à pas plus de trente mètres de l'arbre. Un innocent coup d'oeil à l'arrière lui fit voir que l'autre avait profité de ses cabrioles pour se rapprocher. Il n'était plus qu'à vingt mètres derrière et donc à cinquante mètres de l'arbre.

Vous, qui avez sans doute encore votre calculatrice palpitante à la main, avez sûrement déjà calculé que, à ce moment-ci, agresseur et proie peuvent tous deux atteindre l'arbre en 3,6 secondes.

Est-ce parce qu'il a subitement compris la manoeuvre de sa proie ou est-ce parce qu'il a pu jeter un coup d'oeil sur le résultat de vos calculs ou bien est-ce tout simplement par pur instinct, toujours est-il que c'est à ce moment-là que le fauve s'est brusquement relevé en rugissant pour se lancer dans une course à fond de train dont l'objectif ne laissait aucun doute.

Notre héros, les yeux agrandis par la terreur, lance sa poignée de baies en l'air et détale. Que dis-je "détale"? Il vole, il plane, l'autre à quinze mètres derrière, puis à dix mètres, puis à cinq mètres, puis à deux mètres, puis… on ne vantera jamais assez, à mon avis, les bienfaits de l'adrénaline. Est-ce parce que les cheveux qui se dressent sur la tête ont pour effet de soulever le sujet et de le tirer vers l'avant ou est-ce plutôt une forme de combustion qui se développe dans le bas ventre et qui, en chassant les matières brûlées, imprime une poussée irrésistible au sujet? Je ne saurais le dire. Mais si vous aviez vu le bond qu'a fait notre héros pour se hisser dans cet arbre alors que les griffes du tigre venaient lui érafler le cul, vous vous joindriez à moi pour élever un temple à la déesse Adrénaline.

Le fauve tourna longtemps autour de l'arbre en rugissant de colère. L'autre en haut l'insultait à pleins poumons pour décharger l'énorme tension qui l'habitait encore. Ce tintamarre vint rapidement aux oreilles de la famille qui faisait la sieste un peu plus loin. Ils s'approchèrent et, quand ils virent le tigre, ils se mirent à vociférer et à gesticuler de façon menaçante. L'autre ne demanda pas son reste et disparut dans les fourrés.

Alors notre héros descendit de son arbre et fut accueilli par des caresses et des cris de joie. Ce n'est pas tous les jours qu'un chimpanzé échappe à un tigre.

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Oui, cette histoire a une morale. Elle en a même deux. Vous n'imaginiez quand même pas que j'allais vous conter une aventure qui frôle à ce point la tragédie sans en tirer quelques leçons.

La première, vous l'aurez deviné, c'est qu'on ne saurait trop insister sur l'enseignement des mathématiques. La règle de trois en particulier. Non seulement ça vous évitera d'être dévoré par les tigres mais ça vous permettra aussi de savoir si les biscuits en vrac reviennent moins cher au kilo que les biscuits pré-emballés.

La deuxième leçon c'est qu'on devrait tous devenir des fanatiques du reboisement. Les vertus des arbres sont bien connues et espérons ensemble que la quasi-tragédie rapportée ci-dessus incitera encore plus nos gouvernements à protéger nos forêts. Mon chien à mes côtés, que j'ai emmené cet après¬-midi se promener sur les battures de l'île d'Orléans (où il n'y a pas un seul tigre je vous l'assure), agite sa queue en signe d'approbation. C'est fou l'affection de cette petite bête pour les arbres. Il faudrait bien qu'un jour je lui enseigne à y grimper et pas seulement à pisser dessus. Un tigre ne ferait qu'une bouchée d'un chihuahua, vous ne pensez pas?

*Extrait révisé de L'homme qui souriait en dormant Jean Marcoux Éd. Les Quinze 1994

dimanche 22 août 2010

Capsule de physique No 2

Plongée au coeur de la matière

Le 23 juillet, nous avons vu que la matière est constituée d’atomes qui sont les pièces d’un immense meccano que l’on peut combiner de diverses façons pour fabriquer tantôt une maison, tantôt un cheval et tantôt nous-mêmes. Nous avons aussi vu que l’atome comporte un noyau composé de protons et de neutrons et autour duquel tournoient des électrons. Dès lors, nous nous sommes demandé si nous étions enfin arrivés à l’ultime réalité des choses, aux plus petites particules imaginables.

Eh bien, non : protons et neutrons sont eux-mêmes composés de quarks ! Ici, nous voilà parvenus dans le très, très petit. Ne pourrait-on pas en rester là ?

Les physiciens sont des gens extrêmement curieux et fouineurs, vous savez. Comme tous les scientifiques du reste. Alors ils ont «patenté» un immense machin pour gratter encore plus creux dans le cœur de la matière. Ils ont installé leur nouveau jouet dans un tunnel de 27 kilomètres de circonférence logé à 100 mètres sous terre et chevauchant la frontière entre la France et la Suisse. Il s’agit d’un collisionneur de particules baptisé le LHC (Large Hadron Collider).

Ils ont entrepris de projeter dans ce collisionneur des protons qu’ils accéléreront graduellement jusqu’à des vitesses proches de celle de la lumière (on se souvient que la lumière circule à 300 000km par seconde). Leur but est de faire entrer en collision ces petites particules pour les faire éclater et, possiblement, faire ainsi surgir des particules encore plus petites et totalement inconnues.

Ils espèrent du même coup éclaircir d’autres mystères, particulièrement recréer des conditions semblables à celles qui prévalaient au moment du Big Bang et découvrir la nature de la matière noire (qui, avec l’énergie noire, compte pour 96% du contenu de l’univers dont nous ignorons totalement la nature). Ce ne seraient pas de minces coups d’éclat.

Pour des images de ce nouveau jouet, il suffit de se rendre sur Internet et de «pitonner» le mot LHC.

Les résultats qu’on obtiendra du LHC, si extraordinaires puissent-ils être, constitueront-ils le fin du fin des mystères de notre Univers ? Rien n’est aussi peu sûr car les scientifiques nous disent que plus on creuse dans le cœur de notre Univers, plus le mystère s’épaissit.

En avant-goût de notre prochaine capsule, rappelons les mots de l’astrophysicien James Jean qui disait que notre Univers ressemble plus parfois à une grande pensée qu’à une grande machine.

mercredi 11 août 2010

Dites-moi

Dites-moi pourquoi l’on vit, dites-moi pourquoi l’on meurt…

Pourquoi ce jeune homme qui, dans un frisson d’effroi, sent la folie s’emparer de son esprit ?

Pourquoi cette jeune femme qui crie sa révolte devant une mort inéluctable alors que la vie s’ouvrait toute grande devant elle ?

Pourquoi ce vieux prêtre doit-il encore prêcher des choses et poser des gestes auxquels il ne croit plus car il ne sait rien faire d’autre ?

Pourquoi cette mère soudanaise amaigrie, au sein aussi sec que ses yeux, voit-elle son enfant mourir de faim dans ses bras ?

Pourquoi cet itinérant allongé dans un lit de misère se demande-t-il encore s’il trouvera un jour une raison de vivre ?

Pourquoi cette mère guépard regarde-t-elle de loin en geignant le tigre qui dévore ses petits ?

Pourquoi ce soldat doit-il faire feu sur d’autres hommes qui, peut-être comme lui, ont des bambins qui les attendent à la maison ?

Pourquoi des embarcations de fortune sombrent-elles en mer entraînant dans la mort des réfugiés aux yeux pleins d’espoir ?

Pourquoi ce vieux lion épuisé s’effondre-t-il dans la savane tandis qu’une meute d’hyènes affamées s’avance prudemment ?

Pourquoi ce malheureux passe-t-il de longues années en prison pour une stupide bêtise ?

Pourquoi ces enfants soldats sont-ils entraînés à tuer ?

Pourquoi ces hommes, tels des chiens enragés, torturent-ils d’autres hommes ou lapident des femmes ?

Et la solitude, hein, la solitude ! Qu’en faites-vous de la solitude ? Sans une visite du fils bien-aimé, sans une lettre à la poste, sans même un téléphone depuis un mois. Et cette vieille femme qui se désespère et se meurt d’ennui ?

Pourquoi faut-il vivre des vies de misère pour ensuite mourir ?

Pourquoi, allez-vous enfin me dire pourquoi ?

......

Eh bien, peut-être parce que…

Il y a cette mère qui serre sur son sein l’enfant qui vient de naître ?

Et cette vielle dame qui voit naître en elle un amour comme elle n’en avait jamais espéré ?

Ou les notes enflammées de la symphonie qui jaillit dans la tête de ce compositeur de génie ?

Ou le flamboiement de l’étoile qui surgit, éblouissante et inattendue, d’un nuage de gaz et de poussière ?

Ou ce vieux cultivateur qui, le soir venu, regarde la nouvelle moisson jaillir de sa terre?

Ou ce jeune père qui voit sa petite courir se jeter dans ses bras en poussant des cris de joie ?

Ou ce coureur qui lève un bras victorieux en franchissant la ligne d’arrivée du cent mètres ?

Ou cet astronome qui, malgré sa science, s’émerveille encore devant une nuit étoilée ?

Ou cette jeune fille éperdue d’amour qui danse sous la pluie ?

Ou cet anthropologue qui jubile comme un enfant devant les os d’un dinosaure qu’il vient de déterrer ?

Ou cette énorme baleine qui s’élance au-dessus des flots dans une explosion de joie ?

Ou cet homme qui, dans le silence du crépuscule, sent une immense paix descendre en lui ?

Ou cet enfant qui sanglote dans les bras de sa mère qu’il croyait à jamais disparue ?

......

Sont-ce là, croyez-vous, des réponses à vos questions ?

Ou peut-être en fin de compte, faut-il simplement accepter sa vie comme un immense cadeau même s’il s’y dissimule parfois des vipères et même si elle n’est qu’un bref scintillement qui prendra bientôt fin en emportant avec elle ses mystères insondables ?

samedi 31 juillet 2010

Le visiteur nocturne

L’autre nuit, Dieu est venu me rendre visite. Pour une petite jasette. Il fait ça de temps en temps. On dirait que depuis que je suis plus vieux, Il me fait davantage confiance. Déjà que nous portons la barbe tous les deux. Mine de rien ça rapproche ces choses-là, vous savez. Même qu’Il me tutoie. Ce que je ne fais évidemment pas malgré la familiarité établie entre nous.
Mais, cette nuit-là, Il était rouge de colère. Il avait lu mon blogue et toutes ces faussetés que je répands sur Son compte et sur les religions. Il m’a traité de tous les mots, m’a conseillé de relire la Bible et m’a même menacé d’une fatwa pour bien me faire sentir qu’Il était le Dieu de tous les hommes. Mais Il a scruté mon cerveau et a bien vu que c’était dans les écrits d’Hubert Reeves, de Trinh Xuan Thuan, de Spinoza, de Stephen Hawking, d’Einstein, de ce mauvais plaisantin de Pierre Yves Morvan et même de Pierre Teilhard de Chardin et d’un tas d’autres savants que j’avais puisé toutes mes déviations.
À ce point de Ses vitupérations, j’ai penché la tête et n’ai pas pu empêcher une larme de couler sur mes joues.
Alors, Il a arrêté tout net de parler et Sa colère est tombée. Le Bon Dieu est miséricordieux, ça on le sait. Mais j’ai senti que Son alternance de colère et de miséricorde avait des racines plus profondes.
J’ai relevé la tête et constaté qu’Il affichait soudain une mine sombre. Respectueusement, j’ai levé vers Lui un sourcil interrogateur. Il a mis un moment à me répondre.
«Écoute, m’a-t-Il dit, J’ai lu ce que tu appelles tes ancrages.
J’ai rentré la tête dans les épaules, m’attendant à une autre bordée d’injures et de menaces.
«Non, non, m’a-t-Il dit, ne crains rien. C’est que je cherche les miens, mes propres ancrages je veux dire.* Quand je regarde tout ce que les hommes disent ou écrivent de moi, ça devient très mélangeant, tu sais. Tantôt, je suis un personnage tout-puissant qui règne sur les cieux et sur la terre, tantôt un être de bonté qui ne permet pas qu’un seul cheveu tombe de la tête des hommes sans que je ne le permette,** tantôt un Dieu vengeur comme celui de Sodome et Gomorrhe, tantôt un tyran comme celui qui a chassé Adam et Ève du paradis pour une peccadille, tantôt un père impitoyable qui envoie son fils à la crucifixion, tantôt un dieu éthéré dont on dit «qu’il est celui qui est», tantôt… enfin je ne m’y retrouve plus, moi. Certains vont même jusqu’à dire que je suis un Dieu immanent, un Dieu intriqué dans la nature, que le cosmos et moi ne faisons qu’un. Freud m’a dit - eh bien oui, il est dans mon paradis malgré tout, ce crétin - alors il m’a dit que j’étais atteint du syndrome de personnalités multiples. Et maintenant, avec cette histoire de Dieu immanent, voilà que je ne suis même plus une personne. Je n’aurais pas plusieurs personnalités, je n’en aurais même plus une seule. C’est très difficile d’être Dieu tu sais», a-t-Il terminé, l’air déprimé.
Qu’est-ce que je pouvais répondre à ça, hein? Je ne pouvais quand même pas lui conseiller de consulter un autre psychologue ou Saint Augustin ou Thomas d’Aquin ou quelque autre sommité assise là-haut à ses côtés. Ça l’aurait sans doute mélangé encore plus.
Alors, je n’ai rien dit du tout et, après un long moment de silence, Il m’a mis sur l’épaule une main compatissante puis Il s’est penché vers moi et, après avoir regardé à gauche et à droite pour être bien sûr qu’on ne L’entendait pas, Il m’a murmuré à l’oreille : «Écoute, j’ai lu moi aussi ces écrits impies dont tu parles dans ton blogue. J’ai même lu cette récente publication «Heureux sans Dieu» et, depuis, je n’en dors plus parce que je ne sais plus si j’existe vraiment».
Sur ces mots de consolation, il m’a fait un clin d’œil et m’a donné une bourrade affectueuse. Puis il s’est retourné et est parti.
Je suis sûr que vous conviendrez maintenant avec moi que le Bon Dieu est vraiment un bon diable.

* Le lecteur aura remarqué que j’emploie la majuscule lorsque je parle de Dieu. Mais, de Son côté, Il n’emploie pas la majuscule lorsqu’Il parle de Lui-même. Les conversations avec Dieu requièrent énormément de subtilités.
** À ce point, j’ai failli dire qu’Il avait manqué le génocide du Rwanda où les cheveux restaient sur les têtes mais que, par contre, c’étaient les têtes qui tombaient.

vendredi 23 juillet 2010

Capsule de physique No1

De quoi est faite la matière?

La première question que j’aborderai est donc la matière : de quoi est faite la matière ? Tu parles d’une question, me direz-vous, la matière est la matière, ne cherchons pas midi à quatorze heures !

Bon, reprenons la question autrement :

-De quoi est faite la table sur laquelle est posé votre ordinateur ?
-De bois, dites-vous ?
-Très bien.
-Et de quelle sorte de bois ?
-De pin.
-Parfait. Nous savons donc que votre table a été fabriquée avec un matériau qui est du pin. Et ce pin, d’où vient-il ?
-De la forêt où il a poussé.
-Et comment s’y est-il pris pour pousser ?
-Eh bien, une graine s’est sans doute échappée d’une cocotte de pin et a germé à proximité de son pin géniteur.
-Bien. Maintenant, poussons plus loin notre enquête : comment une toute petite graine de pin a-t-elle pu générer l’immense arbre qu’on a coupé et façonné pour en faire votre table d’ordinateur ?
-Sans doute parce que la petite graine de pin a su puiser dans le sol et dans l’air les nutriments nécessaires à sa croissance.
-Voilà qui est bien dit. Mais par quelle opération magique, ces nutriments (oxygène, calcium, fer, etc.) ont-ils pu devenir arbre ? Je ne peux pas transformer mon stylo en torche électrique, n’est-ce pas ? À moins d’être un excellent magicien ou un thaumaturge comme Jésus-Christ qui, à ce qu’on dit, pouvait transformer l’eau en vin. Alors comment ces nutriments peuvent-ils devenir arbre ?
- ???
-Ce n’est pas d’hier que l’homme se pose ce genre de questions. Déjà, dans l’Antiquité, les philosophes grecs (Parménide, Platon, Aristote, Empédocle, Anaxagore, etc.) se posaient la question : comment l’herbe que mange le lapin peut-elle devenir lapin ? C’est finalement Démocrite qui a trouvé la réponse : tout ce qui existe est fait de petites particules interchangeables : les atomes. Ils sont la menue monnaie de l’univers. Ce sont les pièces d’un immense meccano que l’on peut combiner de diverses façons pour fabriquer tantôt une maison, tantôt un cheval. C’est ainsi que l’herbe peut se changer en chair de lapin et que les nutriments dans le sol et dans l’air peuvent devenir arbre.

Mais les atomes, dont Démocrite avait eu l’intuition, existent-ils vraiment ? Au XIXe siècle, on en doutait encore. Ce n’est qu’au début du XXe siècle, grâce particulièrement aux travaux de Jean Perrin, que la réalité des atomes a pu être prouvée. Ainsi donc l’atome est la réponse à notre question : de quoi sont faites votre table d’ordinateur et, plus généralement, toute la matière connue, des étoiles jusqu’aux pucerons.

En ce début du XXe siècle, l’atome est perçu comme la réalité ultime de la matière : il est insécable et on ne peut aller plus loin dans l’infiniment petit. Tout allait bientôt profondément changer.

À force de scruter l’atome, on découvre qu’il comporte un noyau autour duquel pirouettent et gigotent d’infiniment petites choses : les électrons. Et on n’est pas au bout de nos surprises. Le noyau lui-même est composé de deux particules : des protons et des neutrons. Est-on enfin arrivé à l’ultime réalité des choses, aux plus petites particules imaginables ?

C’est ce que nous saurons dans le prochain épisode de notre palpitante et aventureuse descente au cœur de la matière.